
La Maison de la Sagesse de Bagdad, l’académie où des savants auraient traduit ensemble les livres grecs, n’a jamais existé sous cette forme.
Le mouvement de traduction, lui, a bel et bien eu lieu, et il dépasse de loin la légende. Les deux affirmations émanent du même chercheur.
Ce qu’on raconte
À Bagdad, aux VIIIᵉ et IXᵉ siècles, aurait existé la Maison de la Sagesse : une grande académie où des savants venus de partout traduisaient ensemble les livres grecs, travaillaient côte à côte et faisaient progresser les mathématiques, l’astronomie et la médecine.
L’image est belle. On la trouve dans des livres, des documentaires et des musées.
Ce que la recherche établit
Le terme arabe est bayt al-hikma. Ce que les documents permettent d’affirmer, c’est qu’il s’agissait d’une bibliothèque, sans doute établie comme un bureau de l’administration, sur le modèle d’une pratique perse antérieure. Sa fonction principale : abriter le travail et les résultats des traductions du persan vers l’arabe. On y employait des traducteurs pour cela, et des relieurs pour conserver les livres.1
Le chercheur qui a mené l’enquête la plus complète, Dimitri Gutas, le dit sans détour : beaucoup d’encre a été dépensée inutilement à décrire ce lieu, le plus souvent en y projetant des institutions et des projets de recherche modernes. Le fait est que nous avons extrêmement peu d’informations historiques à son sujet.2
Il y ajoute l’argument décisif :
Parmi les dizaines de témoignages que nous avons sur la traduction d’œuvres grecques en arabe, il n’y en a pas un seul qui mentionne le bayt al-hikma.3
Or les rares témoignages sur les traductions du persan, eux, le mentionnent. Le silence est donc sélectif, et c’est ce qui le rend probant.4
Le plus frappant reste à venir. Le grand traducteur Hunayn ibn Ishaq a laissé un récit de première main sur ce travail. Il y relate les efforts qu’il a déployés pour partir en quête de manuscrits grecs. Il ne dit jamais qu’il les a cherchés dans le bayt al-hikma — qui se trouvait pourtant sous son nez, à Bagdad.56
D’où vient la légende
La fabrication du mythe s’explique clairement :
- Des mots traduits trop vite : des termes arabes désignant un dépôt de livres ont été rendus par des notions qui évoquaient une académie moderne.
- Le pouvoir du récit : une académie scientifique fait une plus belle histoire qu’un dépôt d’archives.
- Le désir de réparer un oubli : la légende a grandi parce qu’elle répondait à une injustice réelle — l’Occident a longtemps raconté l’histoire des sciences en sautant directement de la Grèce antique à la Renaissance.
Gutas est catégorique sur un point : le bayt al-hikma n’était certainement pas une académie où l’on enseignait les sciences anciennes à mesure qu’on les traduisait. Cette idée, écrit-il, n’est même pas venue à l’esprit des auteurs anciens qui ont pourtant fabriqué d’autres récits douteux sur la transmission de ces savoirs.7
Comme pour les édits mésopotamiens d’annulation des dettes ou la toponymie de Coober Pedy, un mot mal traduit a fini par fabriquer un fait.
Un mot qui sert de preuve se lit dans son contexte avant de se traduire.
L’événement réel
C’est ici que se trouve l’essentiel.
Le mouvement de traduction, lui, a bel et bien eu lieu, et il était gigantesque.
La présentation de son ouvrage par l’éditeur en résume ainsi l’ampleur : du milieu du VIIIᵉ siècle au Xᵉ siècle, presque tous les livres grecs profanes non littéraires et non historiques disponibles dans l’Empire byzantin oriental et au Proche-Orient ont été traduits en arabe — astrologie, alchimie, physique, botanique, médecine, et le reste.8
Ce travail a été accompli par des traducteurs d’origines et de confessions diverses — chrétiens nestoriens, sabéens, Perses, hindous, musulmans — financés par des califes, des vizirs et de riches marchands.9
Sans ce mouvement, une grande partie de la science grecque aurait disparu. Ce qui a été traduit n’a pas été seulement conservé : cela a été corrigé, discuté et enrichi.10
Le détail clé :
Dimitri Gutas, le chercheur qui a déconstruit le mythe du bâtiment, est le même qui a établi l’ampleur de ce mouvement de traduction. Son ouvrage demeure la référence sur le sujet.
Il n’a pas effacé le mouvement. Il a simplement remis le bâtiment à sa juste place.
Invoquer cette histoire pour affirmer que « l’âge d’or islamique est une légende » relève donc du détournement. Le doute porte sur une institution administrative, non sur l’activité scientifique elle-même.
Ce qui circulait vraiment
Cette période se comprend mieux par la circulation des flux que par une simple liste de villes :
- Les chiffres : nés en Asie du Sud, ils transitent par le monde islamique avant de s’imposer lentement en Europe. Un manuscrit copié en 976, le Codex Vigilanus, les contient — c’est le plus ancien document connu de l’Occident chrétien où ils apparaissent.
- Le papier : sa technique de fabrication suit une route identique, d’est en ouest, portée par les échanges commerciaux.
- L’argent sans déplacement : en Chine, on dépose des pièces contre des certificats ; dans l’espace musulman, des titres de paiement à distance annoncent la lettre de change ; en Inde, des lettres de change équivalentes se développent.
- Les institutions d’enseignement : à Fès est fondée, au IXᵉ siècle, al-Qarawiyyin, aujourd’hui considérée comme le plus ancien établissement d’enseignement supérieur toujours en activité.11
Un dernier point, pour ne pas idéaliser ces centres. Ils n’étaient pas des espaces ouverts à tous : le savoir restait l’apanage d’une très faible minorité — hauts fonctionnaires, érudits, princes et grands marchands. Un centre de savoir médiéval produit et conserve de la connaissance. Il ne la démocratise pas.
Note 1
It was a library, most likely established as a 'bureau' under al-Mansur, part of the 'Abbasid administration modeled on that of the Sasanians.
C’était une bibliothèque, très probablement créée comme un « bureau » sous al-Mansur, dans le cadre de l’administration abbasside calquée sur celle des Sassanides.
Gutas, Dimitri, Greek Thought, Arabic Culture: The Graeco-Arabic Translation Movement in Baghdad and Early ʿAbbāsid Society, Routledge, 1998, p. 53-60
Its primary function was to house both the activity and the results of translations from Persian into Arabic […] there were hired translators capable to perform this function as well as book binders for the preservation of books.
Sa fonction première était d’abriter à la fois l’activité et le résultat des traductions du persan vers l’arabe […] on y employait des traducteurs capables de remplir cette fonction, ainsi que des relieurs pour la conservation des livres.
Gutas, Dimitri, Greek Thought, Arabic Culture: The Graeco-Arabic Translation Movement in Baghdad and Early ʿAbbāsid Society, Routledge, 1998, p. 53-60
Note 2
Much ink has been used unnecessarily on description of the bayt al-hikma, mostly in fanciful and sometimes wishful projections of modern institutions and research projects back into the eighth century. The fact is that we have exceedingly little historical information about the bayt al-hikma.
On a fait couler beaucoup d’encre inutilement pour décrire la bayt al-hikma, surtout en projetant de façon fantaisiste, et parfois complaisante, des institutions et des programmes de recherche modernes sur le VIIIᵉ siècle. Le fait est que nous avons extrêmement peu d’informations historiques sur la bayt al-hikma.
Gutas, Dimitri, Greek Thought, Arabic Culture: The Graeco-Arabic Translation Movement in Baghdad and Early ʿAbbāsid Society, Routledge, 1998, p. 53-60
Note 3
Among the dozens of reports about the translation of Greek works into Arabic that we have, there is not even a single one that mentions the bayt-al-hikma.
Parmi les dizaines de récits que nous possédons sur la traduction d’œuvres grecques en arabe, il n’y en a pas un seul qui mentionne la bayt-al-hikma.
Gutas, Dimitri, Greek Thought, Arabic Culture: The Graeco-Arabic Translation Movement in Baghdad and Early ʿAbbāsid Society, Routledge, 1998, p. 53-60
Note 4
This is to be contrasted with the references to translations from the Persian; we have few such references and yet two of them […] do mention the bayt-al-hikma.
Il faut opposer cela aux mentions de traductions du persan : nous en avons peu, et pourtant deux d’entre elles […] mentionnent bien la bayt-al-hikma.
Gutas, Dimitri, Greek Thought, Arabic Culture: The Graeco-Arabic Translation Movement in Baghdad and Early ʿAbbāsid Society, Routledge, 1998, p. 53-60
Note 5
Hunayn mentions the efforts he expended in search of Greek manuscripts and again he never mentions that he looked for them right under his nose in the bayt al-hikma in Baghdad.
Hunayn évoque les efforts qu’il a déployés pour chercher des manuscrits grecs, et là encore il ne dit jamais les avoir cherchés juste sous son nez, dans la bayt al-hikma de Bagdad.
Gutas, Dimitri, Greek Thought, Arabic Culture: The Graeco-Arabic Translation Movement in Baghdad and Early ʿAbbāsid Society, Routledge, 1998, p. 53-60
Note 6
Stories explicitly said to have been told by mansa Müsä himself are recorded by al-Umarï, […] None of them mentions silent trade.
Des récits explicitement attribués au mansa Moussa lui-même sont rapportés par al-Umari, […] Aucun d’eux ne mentionne le commerce muet.
Moraes Farias, Paulo F. de, « Silent Trade: Myth and Historical Evidence », History in Africa, vol. 1, 1974, p. 9-24
Note 7
The bayt-al-hikma was certainly also not an 'academy' for teaching the 'ancient' sciences as they were being translated; such a preposterous idea did not even occur to the authors of the spurious reports about the transmission of the teaching of these sciences that we do have.
La bayt-al-hikma n’était certainement pas non plus une « académie » où l’on enseignait les sciences « anciennes » à mesure qu’on les traduisait ; une idée aussi absurde n’est même pas venue aux auteurs des récits apocryphes que nous possédons sur la transmission de l’enseignement de ces sciences.
Gutas, Dimitri, Greek Thought, Arabic Culture: The Graeco-Arabic Translation Movement in Baghdad and Early ʿAbbāsid Society, Routledge, 1998, p. 53-60
Note 8
From the middle of the eighth century to the tenth century, almost all non-literary and non-historical secular Greek books, including such diverse topics as astrology, alchemy, physics, botany and medicine […] were translated into Arabic.
Du milieu du VIIIᵉ siècle au Xᵉ siècle, presque tous les livres grecs profanes non littéraires et non historiques, portant sur des sujets aussi divers que l’astrologie, l’alchimie, la physique, la botanique et la médecine […] furent traduits en arabe.
Gutas, Dimitri, Greek Thought, Arabic Culture: The Graeco-Arabic Translation Movement in Baghdad and Early ʿAbbāsid Society, Routledge, 1998
Note 9
Hunayn and his coworkers, like a significant number of translators, were Nestorian Christians. […] At the same time, translators also included non-Muslim Sabians, Persians, and Hindus.
Hunayn et ses collaborateurs, comme un nombre important de traducteurs, étaient des chrétiens nestoriens. […] Dans le même temps, les traducteurs comptaient aussi des sabéens non musulmans, des Perses et des Hindous.
Montgomery, Scott L., « Mobilities of Science: The Era of Translation into Arabic », Isis, vol. 109, n° 2, 2018, p. 313-319
At the same time, translators also included non-Muslim Sabians, Persians, and Hindus. There were, of course, many important Muslim scholars involved in the movement—for example, Al-Kindi (801–873), around whom a group of scholars and students formed […]
Dans le même temps, les traducteurs comptaient aussi des non-musulmans, sabéens, perses et hindous. Il y eut bien sûr de nombreux savants musulmans importants engagés dans le mouvement — par exemple al-Kindi (801-873), autour de qui se forma un groupe de savants et d’étudiants […]
Montgomery, Scott L., « Mobilities of Science: The Era of Translation into Arabic », Isis, vol. 109, n° 2, 2018, p. 313-319
Note 10
Returning to the Islamic reception of the Greek scientific tradition I hope the reader can now see how this Greek tradition was indeed deeply questioned and dissected, and its constituent parts were first critiqued, modified, and then reconstructed, added to, mathematical rescued, and fully overhauled in order to fit a new cultural framework and a better perception of the inner consistency of science.
Pour en revenir à la réception islamique de la tradition scientifique grecque, j’espère que le lecteur voit maintenant comment cette tradition grecque a été en effet profondément interrogée et disséquée, et comment ses parties constitutives ont d’abord été critiquées, modifiées, puis reconstruites, complétées, sauvées mathématiquement et entièrement refondues pour s’insérer dans un nouveau cadre culturel et dans une meilleure perception de la cohérence interne de la science.
Saliba, George, « Islamic reception of Greek astronomy », Proceedings of the International Astronomical Union, vol. 5, Symposium S260, 2009 (publié en ligne en 2011), p. 149-165
Note 11
códice Vigilanus (976), el primer documento conocido del Occidente cristiano en el que aparecen estos guarismos
le codex Vigilanus (976), le premier document connu de l’Occident chrétien dans lequel apparaissent ces chiffres
Ramírez Martínez, Ángel et Usón Villalba, Carlos, « Unos siglos que cambiaron el mundo (y II) », Suma (revue de la Federación Española de Sociedades de Profesores de Matemáticas), rubrique « Desde la historia », n° 35, novembre 2000, p. 109-112, en accès libre
Most scholars today think the technology, which was not very complex, could have moved out of China into western Iran before 751, though no examples of early, non-Chinese paper survive. Embracing the new technology, the founders of the Abbasid caliphate (750-1258) sponsored a papermaking factory in Baghdad in 796. Soon all scholars in the Islamic world were copying manuscripts onto paper, which was transmitted to Europe via Sicily and Spain by the 12th century (Bloom 2001).
La plupart des chercheurs pensent aujourd’hui que la technique, qui n’était pas très complexe, a pu passer de Chine en Iran occidental avant 751, bien qu’aucun exemple de papier ancien non chinois ne subsiste. Adoptant la nouvelle technique, les fondateurs du califat abbasside (750-1258) financèrent une fabrique de papier à Bagdad en 796. Bientôt, tous les lettrés du monde islamique copiaient des manuscrits sur papier, lequel fut transmis à l’Europe par la Sicile et l’Espagne au XIIᵉ siècle (Bloom 2001).
Hansen, Valerie, « Paper », dans le programme du Smithsonian Folklife Festival, Smithsonian Institution, 2002, p. 52-53
During the Tang dynasty (618-907 CE), “Flying Money,” (or Bian Qian) evolved for convenience. More like a receipt, “Flying Money” was issued to merchants after they deposited cash with the government, army or other reliable institution. This receipt was redeemed at other official offices around the empire.
Sous la dynastie Tang (618-907 de notre ère), la « monnaie volante » (ou bian qian) apparut pour des raisons de commodité. Tenant plutôt du reçu, la « monnaie volante » était remise aux marchands après qu’ils avaient déposé des espèces auprès du gouvernement, de l’armée ou d’une autre institution fiable. Ce reçu était remboursé dans d’autres bureaux officiels de l’empire.
American Numismatic Association, Money Museum, « An Experiment in Paper », exposition virtuelle
By the middle of the eighth century CE the Arabs established their dominion from the Atlantic Ocean to west of the Persian Gulf. […] It was observed that the business practices and instruments that had developed throughout those lands during that period heralded the bill of exchange, both as a mechanism for the transmission of funds and as a negotiable instrument.
Vers le milieu du VIIIᵉ siècle de notre ère, les Arabes avaient établi leur domination de l’océan Atlantique jusqu’à l’ouest du golfe Persique. […] On a observé que les pratiques commerciales et les instruments qui s’étaient développés dans toutes ces terres au cours de cette période annonçaient la lettre de change, à la fois comme mécanisme de transmission de fonds et comme instrument négociable.
Geva, Benjamin, « The Medieval Hawale: The Legal Nature of the Suftaj and Other Islamic Payment Instruments », Global Hauser Program, New York University School of Law, 2009, résumé
The most important class of credit Instruments that evolved in India were termed Hundis. […] Their use was most widespread in the twelfth century, and has continued till today.
La catégorie la plus importante d’instruments de crédit apparus en Inde portait le nom de hundis. […] Leur usage était le plus répandu au XIIᵉ siècle, et s’est poursuivi jusqu’à aujourd’hui.
Reserve Bank of India, Evolution of Payment Systems in India, 1998
Fathma bâtit la mosquée El-Kairaouyn, et Meriem la mosquée El-Andalous
Ibn Abi Zar’, Rawd al-Qirtas, chronique de Fès (XIVᵉ siècle), traduction française d’Auguste Beaumier : Roudh el-Kartas. Histoire des souverains du Maghreb (Espagne et Maroc) et annales de la ville de Fès, Paris, Imprimerie impériale, 1860, domaine public
Notes et sources
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Passage il s’agissait d’une bibliothèque, sans doute établie comme un bureau de l’administration, sur le modèle d’une pratique perse antérieure
It was a library, most likely established as a 'bureau' under al-Mansur, part of the 'Abbasid administration modeled on that of the Sasanians.
Traduction de la rédaction C’était une bibliothèque, très probablement créée comme un « bureau » sous al-Mansur, dans le cadre de l’administration abbasside calquée sur celle des Sassanides.
Source Gutas, Dimitri, Greek Thought, Arabic Culture: The Graeco-Arabic Translation Movement in Baghdad and Early ʿAbbāsid Society, Routledge, 1998, p. 53-60, p. 58-60.
En bibliothèque · vérifié le 9 septembre 2026
Passage abriter le travail et les résultats des traductions du persan vers l’arabe. On y employait des traducteurs pour cela, et des relieurs pour conserver les livres.
Its primary function was to house both the activity and the results of translations from Persian into Arabic […] there were hired translators capable to perform this function as well as book binders for the preservation of books.
Traduction de la rédaction Sa fonction première était d’abriter à la fois l’activité et le résultat des traductions du persan vers l’arabe […] on y employait des traducteurs capables de remplir cette fonction, ainsi que des relieurs pour la conservation des livres.
Source Gutas, Dimitri, Greek Thought, Arabic Culture: The Graeco-Arabic Translation Movement in Baghdad and Early ʿAbbāsid Society, Routledge, 1998, p. 53-60, p. 58-60.
En bibliothèque · vérifié le 9 septembre 2026
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Passage beaucoup d’encre a été dépensée inutilement à décrire ce lieu, le plus souvent en y projetant des institutions et des projets de recherche modernes. Le fait est que nous avons extrêmement peu d’informations historiques à son sujet.
Much ink has been used unnecessarily on description of the bayt al-hikma, mostly in fanciful and sometimes wishful projections of modern institutions and research projects back into the eighth century. The fact is that we have exceedingly little historical information about the bayt al-hikma.
Traduction de la rédaction On a fait couler beaucoup d’encre inutilement pour décrire la bayt al-hikma, surtout en projetant de façon fantaisiste, et parfois complaisante, des institutions et des programmes de recherche modernes sur le VIIIᵉ siècle. Le fait est que nous avons extrêmement peu d’informations historiques sur la bayt al-hikma.
Source Gutas, Dimitri, Greek Thought, Arabic Culture: The Graeco-Arabic Translation Movement in Baghdad and Early ʿAbbāsid Society, Routledge, 1998, p. 53-60, p. 54.
En bibliothèque · vérifié le 9 septembre 2026
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Passage Parmi les dizaines de témoignages que nous avons sur la traduction d’œuvres grecques en arabe, il n’y en a pas un seul qui mentionne le bayt al-hikma.
Among the dozens of reports about the translation of Greek works into Arabic that we have, there is not even a single one that mentions the bayt-al-hikma.
Traduction de la rédaction Parmi les dizaines de récits que nous possédons sur la traduction d’œuvres grecques en arabe, il n’y en a pas un seul qui mentionne la bayt-al-hikma.
Source Gutas, Dimitri, Greek Thought, Arabic Culture: The Graeco-Arabic Translation Movement in Baghdad and Early ʿAbbāsid Society, Routledge, 1998, p. 53-60, p. 58-60.
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Passage les rares témoignages sur les traductions du persan, eux, le mentionnent
This is to be contrasted with the references to translations from the Persian; we have few such references and yet two of them […] do mention the bayt-al-hikma.
Traduction de la rédaction Il faut opposer cela aux mentions de traductions du persan : nous en avons peu, et pourtant deux d’entre elles […] mentionnent bien la bayt-al-hikma.
Source Gutas, Dimitri, Greek Thought, Arabic Culture: The Graeco-Arabic Translation Movement in Baghdad and Early ʿAbbāsid Society, Routledge, 1998, p. 53-60, p. 58-60.
En bibliothèque · vérifié le 9 septembre 2026
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Passage Le grand traducteur Hunayn ibn Ishaq a laissé un récit de première main […] Il ne dit jamais qu’il les a cherchés dans le bayt al-hikma — qui se trouvait pourtant sous son nez, à Bagdad.
Hunayn mentions the efforts he expended in search of Greek manuscripts and again he never mentions that he looked for them right under his nose in the bayt al-hikma in Baghdad.
Traduction de la rédaction Hunayn évoque les efforts qu’il a déployés pour chercher des manuscrits grecs, et là encore il ne dit jamais les avoir cherchés juste sous son nez, dans la bayt al-hikma de Bagdad.
Source Gutas, Dimitri, Greek Thought, Arabic Culture: The Graeco-Arabic Translation Movement in Baghdad and Early ʿAbbāsid Society, Routledge, 1998, p. 53-60, p. 58-60.
En bibliothèque · vérifié le 9 septembre 2026
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Pour l’ensemble de cette partie
Passage le parallèle avec le « commerce muet »
Stories explicitly said to have been told by mansa Müsä himself are recorded by al-Umarï, […] None of them mentions silent trade.
Traduction de la rédaction Des récits explicitement attribués au mansa Moussa lui-même sont rapportés par al-Umari, […] Aucun d’eux ne mentionne le commerce muet.
Source Moraes Farias, Paulo F. de, « Silent Trade: Myth and Historical Evidence », History in Africa, vol. 1, 1974, p. 9-24, note 19.
Accès payant · vérifié le 25 octobre 2026
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Passage le bayt al-hikma n’était certainement pas une académie où l’on enseignait les sciences anciennes à mesure qu’on les traduisait. Cette idée […] n’est même pas venue à l’esprit des auteurs anciens
The bayt-al-hikma was certainly also not an 'academy' for teaching the 'ancient' sciences as they were being translated; such a preposterous idea did not even occur to the authors of the spurious reports about the transmission of the teaching of these sciences that we do have.
Traduction de la rédaction La bayt-al-hikma n’était certainement pas non plus une « académie » où l’on enseignait les sciences « anciennes » à mesure qu’on les traduisait ; une idée aussi absurde n’est même pas venue aux auteurs des récits apocryphes que nous possédons sur la transmission de l’enseignement de ces sciences.
Source Gutas, Dimitri, Greek Thought, Arabic Culture: The Graeco-Arabic Translation Movement in Baghdad and Early ʿAbbāsid Society, Routledge, 1998, p. 53-60, p. 59.
En bibliothèque · vérifié le 9 septembre 2026
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Passage du milieu du VIIIᵉ siècle au Xᵉ siècle, presque tous les livres grecs profanes non littéraires et non historiques […] ont été traduits en arabe — astrologie, alchimie, physique, botanique, médecine
From the middle of the eighth century to the tenth century, almost all non-literary and non-historical secular Greek books, including such diverse topics as astrology, alchemy, physics, botany and medicine […] were translated into Arabic.
Traduction de la rédaction Du milieu du VIIIᵉ siècle au Xᵉ siècle, presque tous les livres grecs profanes non littéraires et non historiques, portant sur des sujets aussi divers que l’astrologie, l’alchimie, la physique, la botanique et la médecine […] furent traduits en arabe.
Source Gutas, Dimitri, Greek Thought, Arabic Culture: The Graeco-Arabic Translation Movement in Baghdad and Early ʿAbbāsid Society, Routledge, 1998, présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.
Présentation de l’éditeur en accès libre ouvrir la source · vérifié le 27 octobre 2026
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Passage des traducteurs d’origines et de confessions diverses — chrétiens nestoriens, sabéens
Hunayn and his coworkers, like a significant number of translators, were Nestorian Christians. […] At the same time, translators also included non-Muslim Sabians, Persians, and Hindus.
Traduction de la rédaction Hunayn et ses collaborateurs, comme un nombre important de traducteurs, étaient des chrétiens nestoriens. […] Dans le même temps, les traducteurs comptaient aussi des sabéens non musulmans, des Perses et des Hindous.
Source Montgomery, Scott L., « Mobilities of Science: The Era of Translation into Arabic », Isis, vol. 109, n° 2, 2018, p. 313-319, section « Who Were the Translators and What Did They Translate? », 1er paragraphe.
Accès libre ouvrir la source · vérifié le 27 octobre 2026
Passage Perses, hindous, musulmans
At the same time, translators also included non-Muslim Sabians, Persians, and Hindus. There were, of course, many important Muslim scholars involved in the movement—for example, Al-Kindi (801–873), around whom a group of scholars and students formed […]
Traduction de la rédaction Dans le même temps, les traducteurs comptaient aussi des non-musulmans, sabéens, perses et hindous. Il y eut bien sûr de nombreux savants musulmans importants engagés dans le mouvement — par exemple al-Kindi (801-873), autour de qui se forma un groupe de savants et d’étudiants […]
Source Montgomery, Scott L., « Mobilities of Science: The Era of Translation into Arabic », Isis, vol. 109, n° 2, 2018, p. 313-319, section « Who Were the Translators and What Did They Translate? », 1er paragraphe.
Accès libre ouvrir la source · vérifié le 27 octobre 2026
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Passage Ce qui a été traduit n’a pas été seulement conservé : cela a été corrigé, discuté et enrichi.
Returning to the Islamic reception of the Greek scientific tradition I hope the reader can now see how this Greek tradition was indeed deeply questioned and dissected, and its constituent parts were first critiqued, modified, and then reconstructed, added to, mathematical rescued, and fully overhauled in order to fit a new cultural framework and a better perception of the inner consistency of science.
Traduction de la rédaction Pour en revenir à la réception islamique de la tradition scientifique grecque, j’espère que le lecteur voit maintenant comment cette tradition grecque a été en effet profondément interrogée et disséquée, et comment ses parties constitutives ont d’abord été critiquées, modifiées, puis reconstruites, complétées, sauvées mathématiquement et entièrement refondues pour s’insérer dans un nouveau cadre culturel et dans une meilleure perception de la cohérence interne de la science.
Source Saliba, George, « Islamic reception of Greek astronomy », Proceedings of the International Astronomical Union, vol. 5, Symposium S260, 2009 (publié en ligne en 2011), p. 149-165, p. 165, § 3 (« Conclusion »), dernier paragraphe ; voir aussi le résumé, p. 149 (« such old myths as Islamic science being a preservation of Greek science »).
Accès libre ouvrir la source · vérifié le 27 octobre 2026
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Passage Un manuscrit copié en 976, le Codex Vigilanus, les contient — c’est le plus ancien document connu de l’Occident chrétien où ils apparaissent.
códice Vigilanus (976), el primer documento conocido del Occidente cristiano en el que aparecen estos guarismos
Traduction de la rédaction le codex Vigilanus (976), le premier document connu de l’Occident chrétien dans lequel apparaissent ces chiffres
Source Ramírez Martínez, Ángel et Usón Villalba, Carlos, « Unos siglos que cambiaron el mundo (y II) », Suma (revue de la Federación Española de Sociedades de Profesores de Matemáticas), rubrique « Desde la historia », n° 35, novembre 2000, p. 109-112, en accès libre, p. 109 (appel de note 2 après « Vigilanus » omis).
Accès libre ouvrir la source · vérifié le 24 octobre 2026
Passage Le papier : sa technique de fabrication suit une route identique, d’est en ouest
Most scholars today think the technology, which was not very complex, could have moved out of China into western Iran before 751, though no examples of early, non-Chinese paper survive. Embracing the new technology, the founders of the Abbasid caliphate (750-1258) sponsored a papermaking factory in Baghdad in 796. Soon all scholars in the Islamic world were copying manuscripts onto paper, which was transmitted to Europe via Sicily and Spain by the 12th century (Bloom 2001).
Traduction de la rédaction La plupart des chercheurs pensent aujourd’hui que la technique, qui n’était pas très complexe, a pu passer de Chine en Iran occidental avant 751, bien qu’aucun exemple de papier ancien non chinois ne subsiste. Adoptant la nouvelle technique, les fondateurs du califat abbasside (750-1258) financèrent une fabrique de papier à Bagdad en 796. Bientôt, tous les lettrés du monde islamique copiaient des manuscrits sur papier, lequel fut transmis à l’Europe par la Sicile et l’Espagne au XIIᵉ siècle (Bloom 2001).
Source Hansen, Valerie, « Paper », dans le programme du Smithsonian Folklife Festival, Smithsonian Institution, 2002, p. 52-53, p. 53, paragraphe commençant par « Legend has it that the secret of papermaking ».
Accès libre ouvrir la source · vérifié le 27 octobre 2026
Passage en Chine, on dépose des pièces contre des certificats
During the Tang dynasty (618-907 CE), “Flying Money,” (or Bian Qian) evolved for convenience. More like a receipt, “Flying Money” was issued to merchants after they deposited cash with the government, army or other reliable institution. This receipt was redeemed at other official offices around the empire.
Traduction de la rédaction Sous la dynastie Tang (618-907 de notre ère), la « monnaie volante » (ou bian qian) apparut pour des raisons de commodité. Tenant plutôt du reçu, la « monnaie volante » était remise aux marchands après qu’ils avaient déposé des espèces auprès du gouvernement, de l’armée ou d’une autre institution fiable. Ce reçu était remboursé dans d’autres bureaux officiels de l’empire.
Source American Numismatic Association, Money Museum, « An Experiment in Paper », exposition virtuelle, page de l’exposition, paragraphe sur la « Flying Money » des Tang.
Accès libre ouvrir la source · vérifié le 27 octobre 2026
Passage dans l’espace musulman, des titres de paiement à distance annoncent la lettre de change
By the middle of the eighth century CE the Arabs established their dominion from the Atlantic Ocean to west of the Persian Gulf. […] It was observed that the business practices and instruments that had developed throughout those lands during that period heralded the bill of exchange, both as a mechanism for the transmission of funds and as a negotiable instrument.
Traduction de la rédaction Vers le milieu du VIIIᵉ siècle de notre ère, les Arabes avaient établi leur domination de l’océan Atlantique jusqu’à l’ouest du golfe Persique. […] On a observé que les pratiques commerciales et les instruments qui s’étaient développés dans toutes ces terres au cours de cette période annonçaient la lettre de change, à la fois comme mécanisme de transmission de fonds et comme instrument négociable.
Source Geva, Benjamin, « The Medieval Hawale: The Legal Nature of the Suftaj and Other Islamic Payment Instruments », Global Hauser Program, New York University School of Law, 2009, résumé, résumé, 1ʳᵉ et 6ᵉ phrases.
Accès libre ouvrir la source · vérifié le 27 octobre 2026
Passage en Inde, des lettres de change équivalentes se développent
The most important class of credit Instruments that evolved in India were termed Hundis. […] Their use was most widespread in the twelfth century, and has continued till today.
Traduction de la rédaction La catégorie la plus importante d’instruments de crédit apparus en Inde portait le nom de hundis. […] Leur usage était le plus répandu au XIIᵉ siècle, et s’est poursuivi jusqu’à aujourd’hui.
Source Reserve Bank of India, Evolution of Payment Systems in India, 1998, chapitre II, passage sur les hundis.
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Passage à Fès est fondée, au IXᵉ siècle, al-Qarawiyyin
Fathma bâtit la mosquée El-Kairaouyn, et Meriem la mosquée El-Andalous
Source Ibn Abi Zar’, Rawd al-Qirtas, chronique de Fès (XIVᵉ siècle), traduction française d’Auguste Beaumier : Roudh el-Kartas. Histoire des souverains du Maghreb (Espagne et Maroc) et annales de la ville de Fès, Paris, Imprimerie impériale, 1860, domaine public, p. 88-89 de la traduction Beaumier (1860) ; p. 88 : « l’emplacement de la mosquée El-Kairaouyn dont elle jeta les premiers fondements le samedi […] du mois de ramadhan le grand », suivi d’une date en hégire et en ère chrétienne au IXᵉ siècle (lue « an 266 (869 J. G.) » par l’OCR, à contrôler sur l’image de la page).
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Références bibliographiques
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- Ibn Abi Zar’, Rawd al-Qirtas, chronique de Fès (XIVᵉ siècle), traduction française d’Auguste Beaumier : Roudh el-Kartas. Histoire des souverains du Maghreb (Espagne et Maroc) et annales de la ville de Fès, Paris, Imprimerie impériale, 1860, domaine public (la fondation d’al-Qarawiyyin par Fathma, fille de Mohammed el-Fehery, au IXᵉ siècle : p. 87-89). https://archive.org/details/roudhelkartashis00ibnauoft
- Montgomery, Scott L., « Mobilities of Science: The Era of Translation into Arabic », Isis, vol. 109, n° 2, 2018, p. 313-319, en accès libre (les traducteurs nestoriens, sabéens, perses et hindous). https://doi.org/10.1086/698236
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- Reserve Bank of India, Evolution of Payment Systems in India, 1998, chap. II, en accès libre (les hundis, lettres de change indiennes, très répandues dès le XIIᵉ siècle). https://rbi.org.in/Scripts/PublicationsView.aspx?id=155
- Saliba, George, « Islamic reception of Greek astronomy », Proceedings of the International Astronomical Union, vol. 5, Symposium S260, 2009 (publié en ligne en 2011), p. 149-165, en accès libre (une astronomie grecque critiquée, corrigée et refondue, non seulement conservée). https://doi.org/10.1017/S1743921311002237
- Saliba, George, Islamic Science and the Making of the European Renaissance, MIT Press, 2007, en bibliothèque (ce qui a été corrigé et enrichi, pas seulement conservé).
- Von Glahn, Richard, Fountain of Fortune: Money and Monetary Policy in China, 1000-1700, University of California Press, 1996, en bibliothèque (les certificats contre dépôt de pièces en Chine).
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