Traduire, ce n'est pas remplacer chaque mot par son équivalent dans l'autre langue. L'anglais et le français ne découpent pas la réalité de la même façon : ils n'ont ni la même grammaire, ni les mêmes images, ni les mêmes références culturelles. Pour rendre le sens d'un texte, le traducteur dispose donc de procédés, des techniques qui ont un nom et des règles d'emploi.
La classification la plus utilisée vient de Jean-Paul Vinay et Jean Darbelnet (Stylistique comparée du français et de l'anglais, 1958). Elle distingue deux familles : les procédés directs, quand les deux langues se ressemblent assez pour qu'on puisse suivre le texte de près, et les procédés obliques, quand il faut s'en écarter pour rester fidèle au sens. Cette page les présente un par un, avec un exemple, et renvoie vers les articles du blog qui les développent.
1. Les procédés directs : quand les langues se ressemblent
L'emprunt
On reprend le mot de la langue source tel quel, souvent parce que la langue cible n'en a pas, ou pour garder une couleur locale.
week-end, sandwich, baguette (dans un texte anglais)
Le calque
On emprunte la structure d'une expression en traduisant chacun de ses éléments.
skyscraper → gratte-ciel
La traduction littérale
Le mot à mot donne une phrase correcte et naturelle dans l'autre langue. C'est le cas idéal, plus rare qu'on ne le croit.
The cat is on the table. → Le chat est sur la table.
2. La transposition et le chassé-croisé
La transposition change la catégorie grammaticale d'un mot sans changer le sens : un verbe devient un nom, un adverbe devient un verbe…
after he came back → après son retour (verbe → nom)
Le chassé-croisé est une double transposition : deux éléments échangent leur rôle. Il est typique des verbes de mouvement, où l'anglais dit la manière dans le verbe et la direction dans la particule, et le français l'inverse.
He swam across the river. → Il a traversé la rivière à la nage.
3. La modulation
La modulation change le point de vue sur la même réalité : on dit la même chose, mais en l'éclairant autrement. Elle prend plusieurs formes : passer de l'actif au passif, dire le contraire en le niant, changer d'image…
It's not difficult. → C'est facile. (négation du contraire)
4. L'équivalence
L'équivalence rend une même situation par une expression entièrement différente. C'est le procédé des proverbes, des expressions figées, des formules de politesse et des interjections, qu'on ne traduit jamais mot à mot.
It's raining cats and dogs. → Il pleut des cordes. · Ouch! → Aïe !
- Proverbes et expressions imagées : pourquoi la traduction littérale est vouée à l'échec dans ces cas de figure
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5. L'adaptation
L'adaptation intervient quand la réalité évoquée n'existe pas, ou pas de la même façon, dans la culture d'arrivée : unités de mesure, monnaies, noms propres, titres d'œuvres, références historiques. Faut-il convertir, expliquer ou conserver ? La réponse dépend du texte et de son lecteur.
He's six feet tall. → Il mesure 1,83 m.
6. Ajuster le texte : étoffement, collocations, registre, typographie
Au-delà des grands procédés, le traducteur ajuste sans cesse le volume et le ton du texte. Le français a souvent besoin de plus de mots que l'anglais (étoffement), parfois de moins (dépouillement). Les mots s'associent selon des habitudes propres à chaque langue (collocations), le niveau de langue doit être conservé (registre), et la ponctuation obéit à d'autres règles (typographie).
the man at the window → l'homme qui se tenait à la fenêtre (étoffement) · make a decision → prendre une décision (collocation)