Sociétés et cultures 2.3

L’enfance, l’éducation et la transmission des savoirs

Le saviez-vous ?

L’école n’est ni la seule façon de transmettre un savoir d’une génération à la suivante, ni la plus ancienne.

Une salle de classe ancienne et désordonnée, pleine d'enfants qui lisent, jouent ou se chamaillent autour d'un maître.
« Une école pour garçons et filles », tableau de Jan Steen (1670). Jan Steen, Domaine public, source

L’école n’est ni la seule façon de transmettre un savoir d’une génération à la suivante, ni la plus ancienne.

Apprendre en faisant

À Djenné, au Mali, la grande mosquée est bâtie en terre. Chaque année, la ville entière vient la recrépir : on prépare l’enduit, on grimpe sur les perches qui dépassent des murs, on rebouche ce que la pluie a emporté.1

Ce n’est pas seulement de l’entretien. C’est ainsi que le métier passe. Les jeunes montent avec ceux qui savent, et apprennent en pratiquant, un peu plus chaque année.2

Rien n’est écrit, et nul ne passe d’examen. Le savoir-faire traverse pourtant les générations depuis longtemps, parce qu’il est utilisé.

Le même principe, avec un contrat

En Europe, au Moyen Âge et après, on apprenait aussi un métier en le pratiquant. Mais un écrit était signé.

Un enfant partait vivre chez un maître pour plusieurs années. Ses parents signaient un contrat avec ce maître, et la corporation du métier surveillait l’accord.3

Ce contrat fixait les obligations de chacun. Le maître logeait, nourrissait, habillait l’enfant et lui enseignait son métier. Certains contrats l’obligeaient en outre à l’envoyer apprendre à lire et à écrire, ou à lui fournir ses outils. L’apprenti, lui, devait obéir et respecter des règles de conduite.

Des filles étaient apprenties aussi, par exemple dans certains métiers du textile.4

Une réserve s’impose ici, et elle vaut pour tous les documents. Un contrat dit ce qui devait se passer. Il ne dit pas ce qui s’est passé.

L’apprentissage est souvent raconté de deux façons opposées : la chance offerte à un enfant pauvre, ou l’exploitation d’un enfant sans défense. Les documents ne donnent raison ni à l’une ni à l’autre. Il y avait des obligations réelles du côté du maître, et des contraintes réelles du côté de l’enfant. Le reste dépendait des personnes.

Apprendre par cœur, et c’est une technique

On dit parfois qu’apprendre par cœur, c’est apprendre bêtement. Un cas montre le contraire.

En Asie du Sud, certains textes très longs ont été transmis oralement, au fil des millénaires. Pour éviter qu’ils ne se déforment, on ne s’est pas contenté de les faire répéter aux élèves. On a inventé plusieurs manières emboîtées de les réciter.5

Le texte d’affilée, d’abord. Puis mot à mot, chacun détaché. Puis par paires. Puis dans des formes tressées, où les mots reviennent dans des ordres croisés, en avant et en arrière.

Le procédé est ingénieux. Si quelqu’un oublie un mot, cela ne concorde plus avec les autres manières de réciter. L’erreur apparaît d’elle-même, par simple comparaison.6

C’est une façon de vérifier sans rien écrire — ce que l’écriture, à elle seule, ne permet pas : un copiste fatigué recopie une faute sans que rien ne l’en avertisse.

L’école, et elle est plus vieille et plus jeune qu’on ne croit

Deux surprises, une fois encore en sens contraire.

Plus vieille qu’on ne croit. Le plus ancien établissement d’enseignement encore en activité n’est ni à Oxford ni à Bologne. Il est à Fès, au Maroc : al-Qarawiyyin, fondé au IXᵉ siècle. Il précède les universités européennes de plusieurs siècles.

La tradition marocaine attribue sa fondation à une femme, Fatima al-Fihri, qui y aurait consacré l’argent dont elle avait hérité.

Comment le sait-on ? Presque tout ce que nous savons d’elle vient d’une seule chronique, écrite plusieurs siècles après les faits. C’est le cas de beaucoup de fondations de cette époque, qu’elles soient attribuées à des femmes ou à des hommes.

Plus jeune qu’on ne croit. L’école obligatoire, celle que l’État impose de fréquenter, est récente : la plupart des grands pays ne l’ont instaurée qu’au XIXᵉ siècle, certains au XXᵉ. La France n’est donc pas en avance. Elle suit.7

Le motif surprend. L’école obligatoire ne s’est pas répandue d’abord parce qu’on avait reconnu aux enfants un droit au savoir. Les défaites militaires y sont pour beaucoup : plusieurs grandes réformes de l’école suivent une guerre perdue, et visent à souder le pays autant qu’à l’instruire.8

Cela ne signifie pas que l’école n’a servi qu’à cela. Ces lois ont appris à lire à des millions de personnes, et elles ont sorti des enfants des ateliers. Le motif de ceux qui votent une loi et l’effet qu’elle produit sont deux choses différentes, et aucune n’annule l’autre.

Une dernière remarque, qui a son importance. Le Japon, en 1872, bâtit son école en puisant à plusieurs modèles occidentaux, dont celui de la France. Puis il change plusieurs fois de cap. Ce n’est pas une école reçue passivement : c’est un pays qui choisit, essaie, et change.9

Pendant ce temps, les enfants travaillaient

En France, la première loi qui limite le travail des enfants date du 22 mars 1841.

Elle fixe l’âge minimum à huit ans. De huit à douze ans, huit heures par jour au maximum. De douze à seize ans, douze heures.

Un article de cette loi étonne aujourd’hui : les enfants de huit à douze ans devaient aller à l’école pour avoir le droit de travailler. L’école n’était pas le contraire du travail. Elle en était la condition.10

Cette loi ne s’appliquait qu’aux usines à machines et aux ateliers de plus de vingt ouvriers. Surtout, le contrôle de son application était confié à des notables de la région, bénévoles, désignés par le préfet — c’est-à-dire à des hommes de la même société que les patrons qu’ils devaient contrôler.11

Ils ne l’ont guère fait. En 1847, un homme politique, le baron Dupin, constatait devant ses collègues que la loi échouait. Il a fallu attendre 1874 pour qu’existent de vrais inspecteurs du travail, payés par l’État.12

Une leçon d’usage fréquent : une loi n’est pas un fait. C’est une intention écrite. Devant une loi, la question à poser est toujours : qui devait la faire appliquer ?

Il serait faux d’en conclure qu’elle n’a servi à rien. C’était la première fois que l’État français décidait d’intervenir entre un patron et ses ouvriers. Ce qu’un texte ouvre compte autant que ce qu’il n’obtient pas.

Ce que les archives ne disent pas

Avant d’aller plus loin, il faut connaître le défaut principal de cette histoire : les archives sont écrites par des adultes.

Nous disposons de contrats d’apprentissage par milliers, de lois, de registres, de règlements d’école. Tous disent ce que les adultes attendaient des enfants. Presque rien ne dit ce que les enfants faisaient et pensaient. Les enfants écrivent peu, et l’on ne conserve pas ce qu’ils écrivent.

Cela n’empêche pas de faire de l’histoire. Cela oblige à savoir de quoi l’on parle : nous connaissons surtout les règles, pas les vies.

Une thèse célèbre, et fausse

En 1960, l’historien français Philippe Ariès publie un livre où il soutient qu’au Moyen Âge le « sentiment de l’enfance » n’existait pas : l’enfant y aurait été traité comme un adulte en miniature. Le succès a largement débordé le cercle des historiens.13

Depuis, les spécialistes du Moyen Âge ont montré que c’était faux. Ils ont trouvé des traces d’affection pour les jeunes enfants, un réel souci de les éduquer, et jusqu’à une manière particulière de les enterrer. Ariès, d’ailleurs, n’était pas médiéviste.14

Pourquoi sa thèse circule-t-elle encore ? La réponse est instructive : la thèse était sortie très tôt du cercle des historiens. Des sociologues, des psychologues et un large public l’avaient adoptée. Les critiques, elles, ont surtout paru dans des revues d’historiens.15

Une correction ne voyage pas aussi loin que l’erreur qu’elle corrige.

Il faut ajouter qu’Ariès a entendu ses critiques. En rééditant son livre en 1973, il a nuancé plusieurs affirmations dans sa préface — tout en maintenant l’essentiel de sa thèse.16

Une dernière précision, parce que c’est exactement le genre d’erreur qu’il s’agit d’éviter : Ariès ne s’est pas trompé sur tout. Son livre a montré que notre façon de voir l’enfance n’a rien d’évident et qu’elle a changé au fil du temps. Cela reste vrai. C’est la thèse précise qu’il en tirait qui ne tient pas.

Aujourd’hui

Des enfants travaillent encore. On les compte.

D’après les estimations conjointes de l’Organisation internationale du travail et de l’UNICEF, publiées en juin 2025, près de 138 millions d’enfants de 5 à 17 ans travaillaient en 2024 — 59 millions de filles et 78 millions de garçons, soit près de huit pour cent de tous les enfants du monde. Parmi eux, 54 millions font un travail dangereux pour leur santé ou leur sécurité : deux sur cinq.17

Ils étaient 246 millions en 2000. Le nombre a donc presque été divisé par deux. Mais les États s’étaient donné 2025 pour y mettre fin, et ils n’y sont pas arrivés : au rythme des quatre dernières années, il faudrait aller onze fois plus vite pour y parvenir en cinq ans.18

Le travail des enfants se concentre dans l’agriculture — 61 % des cas —, puis dans les services et l’industrie.19

Ce que ce chiffre ne compte pas : Il repose sur une définition économique du travail. Il laisse donc en dehors une grande partie des tâches faites à la maison — le ménage, la corvée d’eau, la garde des plus jeunes. Or ces tâches-là pèsent surtout sur les filles.

Le chiffre est juste. Il est aussi incomplet. Et ce qu’il laisse de côté n’est pas réparti au hasard.20

Note 1

Le bien est caractérisé par un usage intensif et remarquable de la terre particulièrement dans son architecture. La mosquée exceptionnelle, de grande valeur monumentale et religieuse, en est un exemple éloquent.

UNESCO, « Villes anciennes de Djenné », Liste du patrimoine mondial

Every year the structure is replastered with mud in a celebration that brings out all of the city's residents.

Chaque année, l’édifice est recrépi de terre lors d’une fête qui fait sortir tous les habitants de la ville.

« How the City of Mud Stays Standing: Meet the Masons of Djenné, Mali », Smithsonian Magazine, 30 septembre 2013

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Note 2

The annual ceremony renews bonds among the town's citizens and between the various town quarters. It also provides an important forum for youth to learn about their architectural heritage and religious identity, and it introduces young men to basic building techniques that they can apply in the upkeep of their own homes.

La cérémonie annuelle renouvelle les liens entre les habitants de la ville et entre ses différents quartiers. Elle offre aussi aux jeunes un lieu important pour apprendre leur patrimoine architectural et leur identité religieuse, et elle initie les jeunes hommes aux techniques de base de la construction, qu’ils peuvent appliquer à l’entretien de leurs propres maisons.

Marchand, Trevor H. J., « The Djenné Mosque: World Heritage and Social Renewal in a West African Town », dans Verkaaik, Oskar (dir.), Religious Architecture: Anthropological Perspectives, Amsterdam University Press, 2013, p. 117-148, résumé

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Note 3

L’apprentissage est régi par un acte notarié qui lie le jeune, ses parents et le maître. […] Leur nom est alors inscrit au Registre de la corporation […] Ce sont le doyen et les jurés dudit métier qui indiqueront un maître aux apprentis pour parfaire suffisamment leur apprentissage et sans fraude.

Brunon, Claudine, « Quels apprentissages peut-on lire dans les traités de peinture médiévaux ? », Topiques, Études satoriennes, vol. 4 (« Maître-disciple : une relation topique »), 2018

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Note 4

From the exhaustive work of Teresa Vinyoles, we learn that women in Barcelona were able to join some male guilds such as the coral and linen working guilds, and were active as instructors for female apprentices. […] From the very first lines of the second chapter we enter into the heart of the historiographical debate by demolishing a series of stereotypes: from the absence of female apprenticeships to the denial of a clear-cut contrast between corporate and non-corporate work.

Grâce au travail exhaustif de Teresa Vinyoles, nous apprenons qu’à Barcelone des femmes pouvaient entrer dans certaines corporations masculines, comme celles du travail du corail et du lin, et qu’elles y formaient des apprenties. […] Dès les premières lignes du deuxième chapitre, nous entrons au cœur du débat historiographique, avec la démolition d’une série de stéréotypes : de l’absence d’apprentissage féminin au refus d’une opposition tranchée entre travail corporatif et non corporatif.

Colesanti, Gemma T., compte rendu de Zanoboni, Maria Paola, Donne al lavoro nell’Italia e nell’Europa medievali (secoli XIII-XV), Jouvence, 2016, SVMMA. Revista de Cultures Medievals, n° 13, 2019, p. 178-180

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Note 5

Les Veda sont un vaste corpus de poésie sanscrite […] Le patrimoine védique rassemble de très nombreux écrits et interprétations répartis en quatre Veda couramment appelés « livres de la connaissance », bien qu’ils aient été transmis oralement. […] La valeur de cette tradition ne réside pas tant dans le riche contenu de sa littérature orale que dans les techniques ingénieuses employées par les brahmanes pour préserver les textes inchangés au fil des millénaires.

UNESCO, « La tradition du chant védique », Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité

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Note 6

'strengthen' the oral tradition, that is, minimize the chance of a single word being lost. […] for if a pair were forgotten, the continuity between the succession of pairs would show a break.

Staal, Frits, « The Fidelity of Oral Tradition and the Origins of Science », Mededelingen der Koninklijke Nederlandse Akademie van Wetenschappen, Afd. Letterkunde, nouvelle série, vol. 49, n° 8, Amsterdam, North-Holland, 1986

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Note 7

il faudra attendre la fin du 19e siècle pour que la plupart des pays européens emboîtent le pas […] En Belgique, il faudra encore attendre mai 1914.

Marlet, Pierre, « Qui a eu cette idée folle, un jour d’inventer l’école ? Non, ce n’est pas Charlemagne », RTBF (La Première), 28 août 2023

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Note 8

after the humiliating defeat to Napoleon I in Jena in 1806, […] The turning point was the French defeat against Prussia in 1870. […] In 1882, he made school enrollment compulsory from age six to thirteen; […] Finally, the reforms appear to have increased the sense of patriotism and national unity.

après l’humiliante défaite face à Napoléon Iᵉʳ à Iéna en 1806, […] Le tournant fut la défaite française face à la Prusse en 1870. […] en 1882, il rendit l’inscription à l’école obligatoire de six à treize ans ; […] Enfin, les réformes semblent avoir renforcé le sentiment de patriotisme et d’unité nationale.

Aghion, Philippe, Persson, Torsten et Rouzet, Dorothée, « Education and Military Rivalry », document de travail, Department of Economics, Harvard University, 2012

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Note 9

due to the high regard many leaders had for the French educational system […] this Order reflected elements from various Western models rather than being drawn from a single example

Ministère japonais de l’Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie (MEXT), Japan’s Modern Educational System, section « (1) Planning for the Establishment of a Modern Educational System »

Part II: The First Decade of Modern Education, 1870s: The American Model […] The Third National Plan for Education: The Reverse Course, 1880-1885 […] Education for the State: The German Model, 1886-1889

Duke, Benjamin, The History of Modern Japanese Education: Constructing the National School System, 1872-1890, Rutgers University Press, 2009

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Note 10

Art. 2 : Les enfants devront, pour être admis, avoir au moins huit ans. De huit à douze ans, ils ne pourront être employés au travail effectif plus de huit heures sur vingt-quatre, divisées par un repos. […] Nul enfant âgé de moins de douze ans ne pourra être admis qu’autant que ses parents ou tuteur justifieront qu’il fréquente actuellement une des écoles publiques ou privées existant dans la localité.

Loi du 22 mars 1841 relative au travail des enfants employés dans les manufactures, usines ou ateliers, texte intégral (PDF), en accès libre

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Note 11

Après le vote de la loi du 22 mars 1841, le Gouvernement commença par établir des inspections gratuites. […] des commissions composées d’hommes connus pour leur bienfaisance et leur dévouement à la chose publique, […] Les résultats obtenus furent à peu près nuls, et, dès 1847, l’on songea à organiser autre chose.

Bouquet, Louis, « Organisation de l’inspection des fabriques en France », extrait du rapport présenté au Congrès international des accidents du travail de Milan, Bulletin de l’Inspection du travail, 1895, p. 91-110, en accès libre

vous vous occupiez de l’organisation du mode de surveillance le plus propre à atteindre le but. […] sans exclure aucune notabilité.

Archives départementales de Maine-et-Loire, « Le travail des enfants et des filles mineures en Anjou (1841-1892) », fiche pédagogique, en accès libre

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Note 12

Depuis six ans, la loi française échoue, disait-il dans son rapport ; d’abord exécutée un peu, puis, de moins en moins, on a fini par oser la déclarer inexécutable, parce que nous n’avons pas institué des inspecteurs puissants, indépendants et respectés comme ceux de l’Angleterre. […] Des inspecteurs, les uns divisionnaires, nommés et rétribués par le Gouvernement, les autres départementaux,

Bouquet, Louis, « Organisation de l’inspection des fabriques en France », extrait du rapport présenté au Congrès international des accidents du travail de Milan, Bulletin de l’Inspection du travail, 1895, p. 91-110, en accès libre

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Note 13

L’origine des études contemporaines de l’enfance remonte à l’ouvrage L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime (1960), dans lequel l’auteur, Philippe Ariès, expliqua qu’à l’époque médiévale, le sentiment de l’enfance, soit la conscience de la particularité enfantine, n’existait pas (Ariès 1960 : 134 ; Stephens 1995 : 5).

Girard, Marie-Pier, « Enfance », Anthropen, Université Laval, 2019

Ariès, Philippe (1914-1984) […] Pays : France […] Historien des mentalités.

Bibliothèque nationale de France, « Ariès, Philippe (1914-1984) », notice de personne, Catalogue général de la BnF

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Note 14

Medievalists never seem to tire of proving Ariès to be wrong.

Les médiévistes ne semblent jamais se lasser de prouver qu’Ariès avait tort.

Retford, Kate, « Philippe Ariès’s “discovery of childhood”: imagery and historical evidence », Continuity and Change, vol. 31, n° 3, 2016, p. 391-418, accès payant

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Note 15

the enthusiastic extension of Ariès' insights, especially by American sociologists and psychologists of the 1960s

le prolongement enthousiaste des idées d’Ariès, en particulier par les sociologues et les psychologues américains des années 1960

Times Higher Education, « The Canon: Centuries of Childhood: A Social History of Family Life by Philippe Ariès », 26 août 2010, en accès libre

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Note 16

[…] obiezioni che gli vengono mosse fin dalla prima edizione di L'enfant et la vie familiale, espresse da storici accreditati (Flandrin, la Zemon Davis in primo luogo), e che lo spingono, nel 1973 a ristampare l'opera del 1960, corredandola con una prefazione in cui discute le maggiori critiche […] Si tratta di una proposta, di un insieme di idee nuove, di una tesi – come egli la chiama usando il termine in modo abbastanza elastico[9] – cui rimane affezionato, ma che è anche disposto a rivedere, almeno in parte […]

Becchi, Egle, « Il bambino di ieri: breve storia di una storiografia », Studi sulla formazione, vol. 13, n° 1, Firenze University Press, 2010, p. 7-21

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Note 17

Nearly 138 million children – 59 million girls and 78 million boys – are in child labour, accounting for almost 8 per cent of all children globally.

Près de 138 millions d’enfants — 59 millions de filles et 78 millions de garçons — sont astreints au travail, soit près de 8 % de tous les enfants du monde.

Organisation internationale du travail et UNICEF, Child Labour: Global Estimates 2024, Trends and the Road Forward, 11 juin 2025

Among all children in child labour, two in five (54 million) perform hazardous work.

Parmi tous les enfants qui travaillent, deux sur cinq (54 millions) effectuent un travail dangereux.

Organisation internationale du travail et UNICEF, Child Labour: Global Estimates 2024, Trends and the Road Forward, 11 juin 2025

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Note 18

Since 2000, child labour has almost halved, from 246 million to 138 million, yet current rates remain too slow, and the world has fallen short of reaching the 2025 global elimination target.

Depuis 2000, le travail des enfants a presque diminué de moitié, passant de 246 à 138 millions, mais le rythme actuel reste trop lent et le monde n’a pas atteint l’objectif mondial d’élimination fixé pour 2025.

Organisation internationale du travail et UNICEF, « Despite progress, child labour still affects 138 million children globally – ILO, UNICEF », communiqué de presse, Genève et New York, 11 juin 2025

With the adoption of the SDGs, the international community committed to ending child labour by 2025. It is now clear that the world has fallen short of this ambitious target. […] Meeting SDG Target 8.7 by 2030, the endpoint for the SDGs, would require a pace of change that is 11 times faster than it has been in the last four years.

En adoptant les ODD, la communauté internationale s’est engagée à mettre fin au travail des enfants d’ici 2025. Il est désormais clair que le monde n’a pas atteint cet objectif ambitieux. […] Atteindre la cible 8.7 des ODD d’ici 2030, échéance des ODD, exigerait un rythme de progrès onze fois plus rapide que celui des quatre dernières années.

Organisation internationale du travail et UNICEF, Child Labour: Global Estimates 2024, Trends and the Road Forward, 11 juin 2025

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Note 19

Agriculture accounts for the largest share of children in child labour, at 61 per cent globally. […] Services, including domestic work in third-party households, small-scale commerce and other informal service work, comprise 27 per cent of all child labour. Industry, encompassing construction, manufacturing and mining, makes up the remaining 13 per cent.

L’agriculture représente la plus grande part des enfants astreints au travail : 61 % dans le monde. […] Les services, dont le travail domestique chez des tiers, le petit commerce et d’autres services informels, représentent 27 % du travail des enfants. L’industrie (construction, fabrication, mines) constitue les 13 % restants.

Organisation internationale du travail et UNICEF, Child Labour: Global Estimates 2024, Trends and the Road Forward, 11 juin 2025

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Note 20

Unpaid household services or household chores refer to services that children provide without pay for their own households. […] In more technical terms, these tasks constitute a 'non-economic' form of production and are excluded from consideration in the United Nations System of National Accounts, the internationally agreed-upon guidelines for measuring national economic activity. […] The child labour definition underlying it does not consider involvement in household chores in children’s own homes.

Les services domestiques non rémunérés, ou tâches ménagères, désignent les services que les enfants rendent sans rémunération à leur propre ménage. […] En termes plus techniques, ces tâches constituent une forme de production « non économique » et sont exclues du Système de comptabilité nationale des Nations unies, les lignes directrices adoptées au niveau international pour mesurer l’activité économique nationale. […] La définition du travail des enfants qui la sous-tend ne prend pas en compte la participation aux tâches ménagères dans le propre foyer des enfants.

Organisation internationale du travail et UNICEF, Child Labour: Global Estimates 2024, Trends and the Road Forward, 11 juin 2025

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Notes et sources

  1. ↑

    Passage À Djenné, au Mali, la grande mosquée est bâtie en terre.

    Le bien est caractérisé par un usage intensif et remarquable de la terre particulièrement dans son architecture. La mosquée exceptionnelle, de grande valeur monumentale et religieuse, en est un exemple éloquent.

    Source UNESCO, « Villes anciennes de Djenné », Liste du patrimoine mondial, brève synthèse.

    Accès libre ouvrir la source · vérifié le 9 septembre 2026

    Passage Chaque année, la ville entière vient la recrépir

    Every year the structure is replastered with mud in a celebration that brings out all of the city's residents.

    Traduction de la rédaction Chaque année, l’édifice est recrépi de terre lors d’une fête qui fait sortir tous les habitants de la ville.

    Source « How the City of Mud Stays Standing: Meet the Masons of Djenné, Mali », Smithsonian Magazine, 30 septembre 2013, 9e paragraphe (« Tensions came to a head in 2009… »), 2e phrase.

    Accès libre ouvrir la source · vérifié le 27 octobre 2026

  2. ↑

    Passage C’est ainsi que le métier passe.

    The annual ceremony renews bonds among the town's citizens and between the various town quarters. It also provides an important forum for youth to learn about their architectural heritage and religious identity, and it introduces young men to basic building techniques that they can apply in the upkeep of their own homes.

    Traduction de la rédaction La cérémonie annuelle renouvelle les liens entre les habitants de la ville et entre ses différents quartiers. Elle offre aussi aux jeunes un lieu important pour apprendre leur patrimoine architectural et leur identité religieuse, et elle initie les jeunes hommes aux techniques de base de la construction, qu’ils peuvent appliquer à l’entretien de leurs propres maisons.

    Source Marchand, Trevor H. J., « The Djenné Mosque: World Heritage and Social Renewal in a West African Town », dans Verkaaik, Oskar (dir.), Religious Architecture: Anthropological Perspectives, Amsterdam University Press, 2013, p. 117-148, résumé, résumé (notice du dépôt SOAS Research Online), 8e et 9e phrases.

    Accès libre ouvrir la source · vérifié le 27 octobre 2026

  3. ↑

    Passage Ses parents signaient un contrat avec ce maître, et la corporation du métier surveillait l’accord.

    L’apprentissage est régi par un acte notarié qui lie le jeune, ses parents et le maître. […] Leur nom est alors inscrit au Registre de la corporation […] Ce sont le doyen et les jurés dudit métier qui indiqueront un maître aux apprentis pour parfaire suffisamment leur apprentissage et sans fraude.

    Source Brunon, Claudine, « Quels apprentissages peut-on lire dans les traités de peinture médiévaux ? », Topiques, Études satoriennes, vol. 4 (« Maître-disciple : une relation topique »), 2018, 1re page du PDF (acte notarié) et 2e page du PDF (ordonnances de Tournai de 1480 : inscription au registre, rôle du doyen et des jurés).

    Accès libre ouvrir la source · vérifié le 27 octobre 2026

  4. ↑

    Passage Des filles étaient apprenties aussi, par exemple dans certains métiers du textile.

    From the exhaustive work of Teresa Vinyoles, we learn that women in Barcelona were able to join some male guilds such as the coral and linen working guilds, and were active as instructors for female apprentices. […] From the very first lines of the second chapter we enter into the heart of the historiographical debate by demolishing a series of stereotypes: from the absence of female apprenticeships to the denial of a clear-cut contrast between corporate and non-corporate work.

    Traduction de la rédaction Grâce au travail exhaustif de Teresa Vinyoles, nous apprenons qu’à Barcelone des femmes pouvaient entrer dans certaines corporations masculines, comme celles du travail du corail et du lin, et qu’elles y formaient des apprenties. […] Dès les premières lignes du deuxième chapitre, nous entrons au cœur du débat historiographique, avec la démolition d’une série de stéréotypes : de l’absence d’apprentissage féminin au refus d’une opposition tranchée entre travail corporatif et non corporatif.

    Source Colesanti, Gemma T., compte rendu de Zanoboni, Maria Paola, Donne al lavoro nell’Italia e nell’Europa medievali (secoli XIII-XV), Jouvence, 2016, SVMMA. Revista de Cultures Medievals, n° 13, 2019, p. 178-180, p. 178 (2ᵉ moitié du compte rendu) et p. 179 (paragraphe sur l’apprentissage et les corporations).

    Accès libre ouvrir la source · vérifié le 27 octobre 2026

  5. ↑

    Passage En Asie du Sud, certains textes très longs ont été transmis oralement, au fil des millénaires.

    Les Veda sont un vaste corpus de poésie sanscrite […] Le patrimoine védique rassemble de très nombreux écrits et interprétations répartis en quatre Veda couramment appelés « livres de la connaissance », bien qu’ils aient été transmis oralement. […] La valeur de cette tradition ne réside pas tant dans le riche contenu de sa littérature orale que dans les techniques ingénieuses employées par les brahmanes pour préserver les textes inchangés au fil des millénaires.

    Source UNESCO, « La tradition du chant védique », Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, description de l’élément (1er, 2e et 3e paragraphes).

    Accès libre ouvrir la source · vérifié le 9 septembre 2026

  6. ↑

    Passage On a inventé plusieurs manières emboîtées de les réciter […] Si quelqu’un oublie un mot, cela ne concorde plus avec les autres manières de réciter.

    'strengthen' the oral tradition, that is, minimize the chance of a single word being lost. […] for if a pair were forgotten, the continuity between the succession of pairs would show a break.

    Source Staal, Frits, « The Fidelity of Oral Tradition and the Origins of Science », Mededelingen der Koninklijke Nederlandse Akademie van Wetenschappen, Afd. Letterkunde, nouvelle série, vol. 49, n° 8, Amsterdam, North-Holland, 1986, p. 265-266 (p. 17-18 de la numérotation propre de l’article), passage sur les « modifications » (vikṛti) et le Kramapāṭha.

    Accès libre ouvrir la source · vérifié le 27 octobre 2026

  7. ↑

    Passage la plupart des grands pays ne l’ont instaurée qu’au XIXᵉ siècle, certains au XXᵉ

    il faudra attendre la fin du 19e siècle pour que la plupart des pays européens emboîtent le pas […] En Belgique, il faudra encore attendre mai 1914.

    Source Marlet, Pierre, « Qui a eu cette idée folle, un jour d’inventer l’école ? Non, ce n’est pas Charlemagne », RTBF (La Première), 28 août 2023, intertitres « La couverture scolaire en France et en Belgique, sous l’œil critique de l’Église » et « L’enseignement obligatoire en Belgique né juste avant la Première Guerre mondiale ».

    Accès libre ouvrir la source · vérifié le 24 octobre 2026

  8. ↑

    Passage plusieurs grandes réformes de l’école suivent une guerre perdue, et visent à souder le pays autant qu’à l’instruire

    after the humiliating defeat to Napoleon I in Jena in 1806, […] The turning point was the French defeat against Prussia in 1870. […] In 1882, he made school enrollment compulsory from age six to thirteen; […] Finally, the reforms appear to have increased the sense of patriotism and national unity.

    Traduction de la rédaction après l’humiliante défaite face à Napoléon Iᵉʳ à Iéna en 1806, […] Le tournant fut la défaite française face à la Prusse en 1870. […] en 1882, il rendit l’inscription à l’école obligatoire de six à treize ans ; […] Enfin, les réformes semblent avoir renforcé le sentiment de patriotisme et d’unité nationale.

    Source Aghion, Philippe, Persson, Torsten et Rouzet, Dorothée, « Education and Military Rivalry », document de travail, Department of Economics, Harvard University, 2012, section 2.1 « Prussia under Stein and Humboldt », p. 6 ; section 2.2 « Jules Ferry’s France », p. 9-11.

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  9. ↑

    Passage Le Japon, en 1872, bâtit son école en puisant à plusieurs modèles occidentaux, dont celui de la France.

    due to the high regard many leaders had for the French educational system […] this Order reflected elements from various Western models rather than being drawn from a single example

    Source Ministère japonais de l’Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie (MEXT), Japan’s Modern Educational System, section « (1) Planning for the Establishment of a Modern Educational System », section « (1) Planning for the Establishment of a Modern Educational System », 4ᵉ et 5ᵉ paragraphes.

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    Passage Puis il change plusieurs fois de cap.

    Part II: The First Decade of Modern Education, 1870s: The American Model […] The Third National Plan for Education: The Reverse Course, 1880-1885 […] Education for the State: The German Model, 1886-1889

    Source Duke, Benjamin, The History of Modern Japanese Education: Constructing the National School System, 1872-1890, Rutgers University Press, 2009, table des matières (parties II et III, chap. 16 et 17), lue sur la page de l’ouvrage chez Project MUSE : https://muse.jhu.edu/book/6150.

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  10. ↑

    Passage En France, la première loi qui limite le travail des enfants date du 22 mars 1841 […] les enfants de huit à douze ans devaient aller à l’école pour avoir le droit de travailler.

    Art. 2 : Les enfants devront, pour être admis, avoir au moins huit ans. De huit à douze ans, ils ne pourront être employés au travail effectif plus de huit heures sur vingt-quatre, divisées par un repos. […] Nul enfant âgé de moins de douze ans ne pourra être admis qu’autant que ses parents ou tuteur justifieront qu’il fréquente actuellement une des écoles publiques ou privées existant dans la localité.

    Source Loi du 22 mars 1841 relative au travail des enfants employés dans les manufactures, usines ou ateliers, texte intégral (PDF), en accès libre, articles 2 et 5 de la loi.

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  11. ↑

    Passage des notables de la région, bénévoles, désignés par le préfet […] Ils ne l’ont guère fait

    Après le vote de la loi du 22 mars 1841, le Gouvernement commença par établir des inspections gratuites. […] des commissions composées d’hommes connus pour leur bienfaisance et leur dévouement à la chose publique, […] Les résultats obtenus furent à peu près nuls, et, dès 1847, l’on songea à organiser autre chose.

    Source Bouquet, Louis, « Organisation de l’inspection des fabriques en France », extrait du rapport présenté au Congrès international des accidents du travail de Milan, Bulletin de l’Inspection du travail, 1895, p. 91-110, en accès libre, première partie, sur l’application de la loi de 1841 (document non paginé en ligne ; p. 91-110 du Bulletin).

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    Passage des notables de la région, bénévoles, désignés par le préfet […] Ils ne l’ont guère fait

    vous vous occupiez de l’organisation du mode de surveillance le plus propre à atteindre le but. […] sans exclure aucune notabilité.

    Source Archives départementales de Maine-et-Loire, « Le travail des enfants et des filles mineures en Anjou (1841-1892) », fiche pédagogique, en accès libre, p. 3, document 2 : circulaire ministérielle aux préfets du 25 mars 1841.

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  12. ↑

    Passage En 1847, un homme politique, le baron Dupin, constatait devant ses collègues […] attendre 1874

    Depuis six ans, la loi française échoue, disait-il dans son rapport ; d’abord exécutée un peu, puis, de moins en moins, on a fini par oser la déclarer inexécutable, parce que nous n’avons pas institué des inspecteurs puissants, indépendants et respectés comme ceux de l’Angleterre. […] Des inspecteurs, les uns divisionnaires, nommés et rétribués par le Gouvernement, les autres départementaux,

    Source Bouquet, Louis, « Organisation de l’inspection des fabriques en France », extrait du rapport présenté au Congrès international des accidents du travail de Milan, Bulletin de l’Inspection du travail, 1895, p. 91-110, en accès libre, passage sur le projet de loi soumis à la Chambre des pairs le 14 février 1847 (M. le baron Dupin, rapporteur), puis passage sur la loi de 1874.

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  13. ↑

    Passage En 1960, […] Philippe Ariès publie un livre où il soutient qu’au Moyen Âge le « sentiment de l’enfance » n’existait pas

    L’origine des études contemporaines de l’enfance remonte à l’ouvrage L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime (1960), dans lequel l’auteur, Philippe Ariès, expliqua qu’à l’époque médiévale, le sentiment de l’enfance, soit la conscience de la particularité enfantine, n’existait pas (Ariès 1960 : 134 ; Stephens 1995 : 5).

    Source Girard, Marie-Pier, « Enfance », Anthropen, Université Laval, 2019, 1er paragraphe, 1re phrase.

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    Passage l’historien français Philippe Ariès

    Ariès, Philippe (1914-1984) […] Pays : France […] Historien des mentalités.

    Source Bibliothèque nationale de France, « Ariès, Philippe (1914-1984) », notice de personne, Catalogue général de la BnF, notice de personne, intitulé, champ « Pays » et note biographique.

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  14. ↑

    Passage Depuis, les spécialistes du Moyen Âge ont montré que c’était faux

    Medievalists never seem to tire of proving Ariès to be wrong.

    Traduction de la rédaction Les médiévistes ne semblent jamais se lasser de prouver qu’Ariès avait tort.

    Source Retford, Kate, « Philippe Ariès’s “discovery of childhood”: imagery and historical evidence », Continuity and Change, vol. 31, n° 3, 2016, p. 391-418, accès payant, note 14 (citation de Hugh Cunningham, Children and Childhood in Western Society since 1500, 1995, p. 30), avec renvoi aux critiques de S. Shahar (1990) et N. Orme (2001).

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  15. ↑

    Passage la thèse était sortie très tôt du cercle des historiens. Des sociologues, des psychologues et un large public l’avaient adoptée

    the enthusiastic extension of Ariès' insights, especially by American sociologists and psychologists of the 1960s

    Traduction de la rédaction le prolongement enthousiaste des idées d’Ariès, en particulier par les sociologues et les psychologues américains des années 1960

    Source Times Higher Education, « The Canon: Centuries of Childhood: A Social History of Family Life by Philippe Ariès », 26 août 2010, en accès libre, article entier (paragraphe sur la réception du livre) ; voir aussi « a broader, post Dr Spock reading market fascinated with child-rearing practices ».

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  16. ↑

    Passage En rééditant son livre en 1973, il a nuancé plusieurs affirmations dans sa préface — tout en maintenant l’essentiel de sa thèse.

    […] obiezioni che gli vengono mosse fin dalla prima edizione di L'enfant et la vie familiale, espresse da storici accreditati (Flandrin, la Zemon Davis in primo luogo), e che lo spingono, nel 1973 a ristampare l'opera del 1960, corredandola con una prefazione in cui discute le maggiori critiche […] Si tratta di una proposta, di un insieme di idee nuove, di una tesi – come egli la chiama usando il termine in modo abbastanza elastico[9] – cui rimane affezionato, ma che è anche disposto a rivedere, almeno in parte […]

    Source Becchi, Egle, « Il bambino di ieri: breve storia di una storiografia », Studi sulla formazione, vol. 13, n° 1, Firenze University Press, 2010, p. 7-21, p. 9 (préface de 1973) et p. 10-11 (attachement à la thèse).

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  17. ↑

    Passage près de 138 millions d’enfants de 5 à 17 ans travaillaient en 2024 — 59 millions de filles et 78 millions de garçons, soit près de huit pour cent de tous les enfants du monde

    Nearly 138 million children – 59 million girls and 78 million boys – are in child labour, accounting for almost 8 per cent of all children globally.

    Traduction de la rédaction Près de 138 millions d’enfants — 59 millions de filles et 78 millions de garçons — sont astreints au travail, soit près de 8 % de tous les enfants du monde.

    Source Organisation internationale du travail et UNICEF, Child Labour: Global Estimates 2024, Trends and the Road Forward, 11 juin 2025, rapport, section « Global levels and trends », p. 15.

    Accès libre ouvrir la source · vérifié le 9 septembre 2026

    Passage Parmi eux, 54 millions font un travail dangereux pour leur santé ou leur sécurité : deux sur cinq.

    Among all children in child labour, two in five (54 million) perform hazardous work.

    Traduction de la rédaction Parmi tous les enfants qui travaillent, deux sur cinq (54 millions) effectuent un travail dangereux.

    Source Organisation internationale du travail et UNICEF, Child Labour: Global Estimates 2024, Trends and the Road Forward, 11 juin 2025, rapport, section « Hazardous work », p. 38.

    Accès libre ouvrir la source · vérifié le 9 septembre 2026

  18. ↑

    Passage Ils étaient 246 millions en 2000. Le nombre a donc presque été divisé par deux.

    Since 2000, child labour has almost halved, from 246 million to 138 million, yet current rates remain too slow, and the world has fallen short of reaching the 2025 global elimination target.

    Traduction de la rédaction Depuis 2000, le travail des enfants a presque diminué de moitié, passant de 246 à 138 millions, mais le rythme actuel reste trop lent et le monde n’a pas atteint l’objectif mondial d’élimination fixé pour 2025.

    Source Organisation internationale du travail et UNICEF, « Despite progress, child labour still affects 138 million children globally – ILO, UNICEF », communiqué de presse, Genève et New York, 11 juin 2025, communiqué, 12e paragraphe.

    Accès libre ouvrir la source · vérifié le 9 septembre 2026

    Passage les États s’étaient donné 2025 pour y mettre fin, et ils n’y sont pas arrivés : au rythme des quatre dernières années, il faudrait aller onze fois plus vite

    With the adoption of the SDGs, the international community committed to ending child labour by 2025. It is now clear that the world has fallen short of this ambitious target. […] Meeting SDG Target 8.7 by 2030, the endpoint for the SDGs, would require a pace of change that is 11 times faster than it has been in the last four years.

    Traduction de la rédaction En adoptant les ODD, la communauté internationale s’est engagée à mettre fin au travail des enfants d’ici 2025. Il est désormais clair que le monde n’a pas atteint cet objectif ambitieux. […] Atteindre la cible 8.7 des ODD d’ici 2030, échéance des ODD, exigerait un rythme de progrès onze fois plus rapide que celui des quatre dernières années.

    Source Organisation internationale du travail et UNICEF, Child Labour: Global Estimates 2024, Trends and the Road Forward, 11 juin 2025, rapport, section « Global levels and trends », p. 15.

    Accès libre ouvrir la source · vérifié le 9 septembre 2026

  19. ↑

    Passage Le travail des enfants se concentre dans l’agriculture — 61 % des cas —, puis dans les services et l’industrie.

    Agriculture accounts for the largest share of children in child labour, at 61 per cent globally. […] Services, including domestic work in third-party households, small-scale commerce and other informal service work, comprise 27 per cent of all child labour. Industry, encompassing construction, manufacturing and mining, makes up the remaining 13 per cent.

    Traduction de la rédaction L’agriculture représente la plus grande part des enfants astreints au travail : 61 % dans le monde. […] Les services, dont le travail domestique chez des tiers, le petit commerce et d’autres services informels, représentent 27 % du travail des enfants. L’industrie (construction, fabrication, mines) constitue les 13 % restants.

    Source Organisation internationale du travail et UNICEF, Child Labour: Global Estimates 2024, Trends and the Road Forward, 11 juin 2025, rapport, section « Sectors of economic activity », 1er paragraphe.

    Accès libre ouvrir la source · vérifié le 9 septembre 2026

  20. ↑

    Passage Il repose sur une définition économique du travail. Il laisse donc en dehors une grande partie des tâches faites à la maison

    Unpaid household services or household chores refer to services that children provide without pay for their own households. […] In more technical terms, these tasks constitute a 'non-economic' form of production and are excluded from consideration in the United Nations System of National Accounts, the internationally agreed-upon guidelines for measuring national economic activity. […] The child labour definition underlying it does not consider involvement in household chores in children’s own homes.

    Traduction de la rédaction Les services domestiques non rémunérés, ou tâches ménagères, désignent les services que les enfants rendent sans rémunération à leur propre ménage. […] En termes plus techniques, ces tâches constituent une forme de production « non économique » et sont exclues du Système de comptabilité nationale des Nations unies, les lignes directrices adoptées au niveau international pour mesurer l’activité économique nationale. […] La définition du travail des enfants qui la sous-tend ne prend pas en compte la participation aux tâches ménagères dans le propre foyer des enfants.

    Source Organisation internationale du travail et UNICEF, Child Labour: Global Estimates 2024, Trends and the Road Forward, 11 juin 2025, rapport, « Statistical definitions » (p. 12) puis « Profile by sex » (p. 29).

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Références bibliographiques

25
  • Aghion, Philippe, Persson, Torsten et Rouzet, Dorothée, « Education and Military Rivalry », document de travail, Department of Economics, Harvard University, 2012, en accès libre (les réformes scolaires de la Prusse après la défaite d’Iéna en 1806 et de la France après la défaite de 1870, avec l’école obligatoire en 1882 et le but de renforcer le patriotisme et l’unité nationale ; version publiée avec Xavier Jaravel dans le Journal of the European Economic Association, vol. 17, n° 2, 2019, p. 376-412). https://dash.harvard.edu/bitstreams/7312037d-e4b2-6bd4-e053-0100007fdf3b/download
  • Alexandre-Bidon, Danièle et Lett, Didier, Les Enfants au Moyen Âge, Vᵉ-XVᵉ siècle, Hachette, 1997, en bibliothèque (les contrats d’apprentissage et les obligations de chacun ; les filles apprenties).
  • Archives départementales de Maine-et-Loire, « Le travail des enfants et des filles mineures en Anjou (1841-1892) », fiche pédagogique, en accès libre (la circulaire du 25 mars 1841 qui charge les préfets d’organiser la surveillance de la loi en faisant appel aux notables). https://archives.maine-et-loire.fr/fileadmin/decouvrir_apprendre/offre_pedagogique/fiches_pedagogiques/28_Travail_enfants_BD.pdf
  • Ariès, Philippe, L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Plon, 1960, en bibliothèque (la thèse du « sentiment de l’enfance » absent au Moyen Âge).
  • Ariès, Philippe, L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, nouvelle éd., Paris, Seuil, coll. « L’Univers historique », 1973, en bibliothèque (la préface où l’auteur nuance plusieurs affirmations sans renoncer à sa thèse).
  • Becchi, Egle, « Il bambino di ieri: breve storia di una storiografia », Studi sulla formazione, vol. 13, n° 1, Firenze University Press, 2010, p. 7-21, en accès libre. https://oajournals.fupress.net/index.php/sf/article/download/8990/8988/8867
  • Bibliothèque nationale de France, « Ariès, Philippe (1914-1984) », notice de personne, Catalogue général de la BnF, en accès libre. https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb11889082p
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  • Loi du 22 mars 1841 relative au travail des enfants employés dans les manufactures, usines ou ateliers, texte intégral (PDF), en accès libre (l’âge minimum de huit ans, les durées de travail, l’obligation d’aller à l’école avant douze ans, les établissements concernés). https://dicom-portail-travail2.cegedim.cloud/IMG/pdf/loi_22_mars_1841-2.pdf
  • Marchand, Trevor H. J., « The Djenné Mosque: World Heritage and Social Renewal in a West African Town », dans Verkaaik, Oskar (dir.), Religious Architecture: Anthropological Perspectives, Amsterdam University Press, 2013, p. 117-148, résumé en accès libre. https://eprints.soas.ac.uk/16842/
  • Marchand, Trevor H. J., The Masons of Djenné, Indiana University Press, 2009, en bibliothèque (l’apprentissage par le crépissage et la transmission du métier).
  • Marlet, Pierre, « Qui a eu cette idée folle, un jour d’inventer l’école ? Non, ce n’est pas Charlemagne », RTBF (La Première), 28 août 2023, en accès libre (l’instruction obligatoire, instaurée tôt en Prusse et en Autriche, ne gagne la plupart des pays européens qu’à la fin du XIXᵉ siècle ; la Belgique attend 1914). https://www.rtbf.be/article/qui-a-eu-cette-idee-folle-un-jour-d-inventer-l-ecole-non-ce-n-est-pas-charlemagne-11246840
  • Ministère japonais de l’Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie (MEXT), Japan’s Modern Educational System, section « (1) Planning for the Establishment of a Modern Educational System », en accès libre (le Gakusei de 1872, inspiré de plusieurs modèles occidentaux, dans un climat d’estime pour le système français). https://www.mext.go.jp/b_menu/hakusho/html/others/detail/1317243.htm
  • Organisation internationale du travail et UNICEF, Child Labour: Global Estimates 2024, Trends and the Road Forward, 11 juin 2025, en accès libre (138 millions d’enfants dont 54 millions en travaux dangereux, l’objectif de 2025 manqué, la répartition par secteur, la définition retenue et ce qu’elle exclut). https://www.ilo.org/publications/major-publications/child-labour-global-estimates-2024-trends-and-road-forward
  • Organisation internationale du travail et UNICEF, « Despite progress, child labour still affects 138 million children globally – ILO, UNICEF », communiqué de presse, Genève et New York, 11 juin 2025, en accès libre (246 millions d’enfants au travail en 2000, un nombre presque divisé par deux). https://www.unicef.org/press-releases/despite-progress-child-labour-still-affects-138-million-children-globally-ilo-unicef
  • Retford, Kate, « Philippe Ariès’s “discovery of childhood”: imagery and historical evidence », Continuity and Change, vol. 31, n° 3, 2016, p. 391-418, accès payant (les médiévistes, notamment Shulamith Shahar et Nicholas Orme, ont contesté la thèse d’Ariès pour le Moyen Âge ; la remarque de Hugh Cunningham selon laquelle ils ne se lassent pas de montrer qu’Ariès avait tort). https://doi.org/10.1017/S0268416016000254
  • Staal, Frits, « The Fidelity of Oral Tradition and the Origins of Science », Mededelingen der Koninklijke Nederlandse Akademie van Wetenschappen, Afd. Letterkunde, nouvelle série, vol. 49, n° 8, Amsterdam, North-Holland, 1986, en accès libre (les récitations emboîtées comme garde-fou contre la perte d’un mot). https://dwc.knaw.nl/DL/publications/PU00009938.pdf
  • Times Higher Education, « The Canon: Centuries of Childhood: A Social History of Family Life by Philippe Ariès », 26 août 2010, en accès libre (la thèse reprise avec enthousiasme par des sociologues et des psychologues américains des années 1960, et par un large public de parents). https://timeshighereducation.com/node/80927
  • UNESCO, « La tradition du chant védique », Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité, en accès libre (la transmission orale de textes très longs et ses techniques). https://ich.unesco.org/fr/RL/la-tradition-du-chant-vedique-00062
  • UNESCO, « Villes anciennes de Djenné », Liste du patrimoine mondial, en accès libre (la mosquée, exemple de l’usage de la terre dans l’architecture). https://whc.unesco.org/fr/list/116/

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