COMPRENDRE LES DEUX ACCENTS MAJEURS DE L'ANGLAIS
L'anglais américain et l'anglais britannique se comprennent parfaitement — aucun Américain n'a jamais eu besoin de sous-titres pour un film britannique, ni l'inverse. Pourtant, les sons qu'ils utilisent diffèrent de manière régulière et prévisible, et connaître ces différences apporte trois choses à l'apprenant : une écoute plus fine, une aide pour choisir un accent cible, et l'explication de pourquoi le même mot dans un film hollywoodien et un documentaire de la BBC peut sonner si différemment. Écoutez l'audio ci-dessus pour des comparaisons côte à côte, puis suivez le guide.
Une précision avant de commencer : « américain » désigne ici le General American, l'accent neutre des chaînes nationales ; « britannique » désigne la Received Pronunciation (RP), l'accent neutre du sud de l'Angleterre. Chaque pays compte des dizaines d'accents régionaux qui enfreignent ces règles — mais ces deux-là sont les références, et ceux que vous entendrez le plus dans les supports d'apprentissage.
1. Le son R
C'est la différence la plus importante, celle qui façonne tout le reste. L'anglais américain est rhotique : le R se prononce partout où il s'écrit. La RP est non-rhotique : un R est muet après une voyelle, sauf si une autre voyelle suit.
- "car" → américain /kɑːr/ vs. britannique /kɑː/ (« cah »)
- "park" → américain /pɑːrk/ vs. britannique /pɑːk/ (« pahk »)
- "water" → américain /ˈwɔː-tər/ vs. britannique /ˈwɔː-tə/
- "here" → américain /hɪr/ vs. britannique /hɪə/
Conséquence : en britannique, les voyelles devant un R muet se sont allongées ou transformées en diphtongues pour compenser (/ɑː/, /ɔː/, /ɜː/, /ɪə/, /eə/). En américain, ces voyelles sont plus courtes et c'est le R qui fait le travail. C'est pourquoi un apprenant qui mélange les deux — un R américain avec des voyelles longues britanniques — sonne étrangement étiré.
2. Le son T
Américain (flapping) : un T entre deux voyelles, quand la seconde est inaccentuée, s'adoucit en un petit coup de langue rapide, presque un /d/. Le D subit le même sort dans la même position, si bien que « writer » et « rider » deviennent quasi-homophones.
- "water" → /ˈwɔː-dər/, "better" → /ˈbe-dər/, "city" → /ˈsi-di/, "get it" → /ge-dit/
Britannique : le T reste net et aspiré — ou, dans beaucoup d'accents courants (Cockney, Estuary, et de plus en plus dans la parole ordinaire), devient un coup de glotte /ʔ/, le son étant coupé dans la gorge.
- "water" → /ˈwɔː-tə/ ou /ˈwɔː-ʔə/, "butter" → /ˈbʌ-tə/ ou /ˈbʌ-ʔə/, "Britain" → /ˈbrɪ-ʔən/
3. Le A de « bath »
Un groupe d'environ 200 mots — bath, dance, can't, grass, class, path, staff, half, after, example, answer, ask, castle, laugh — prend un /æ/ court et clair en américain, et un /ɑː/ long et profond en britannique. Ce « trap–bath split » s'est produit dans le sud de l'Angleterre au XVIIIe siècle et c'est l'un des moyens les plus rapides de situer un locuteur. Attention, il ne concerne pas tous les « a » : « cat », « man », « back » sont /æ/ des deux côtés de l'Atlantique.
4. Le O de « hot »
- Américain : /ɑː/, ouvert et non arrondi, en pratique la même voyelle que « father » — « hot » et « heart » ne diffèrent que par le R
- Britannique : /ɒ/, plus court, lèvres légèrement arrondies — proche du « o » de « botte » en français
5. Le O de « go »
La diphtongue de go, phone, boat, home ne part pas du même endroit : le /əʊ/ britannique commence central et neutre, le /oʊ/ américain commence arrondi et plus en arrière. La version américaine sonne plus « ronde » et pleine ; la britannique plus légère. Cette petite différence colore des centaines de mots courants.
6. Le Y qui disparaît (yod-dropping)
Après T, D et N, l'anglais britannique garde un son /j/ que l'américain supprime :
- "tune" → britannique /tjuːn/ (« tioune »), américain /tuːn/ (« toune »)
- "new" → britannique /njuː/, américain /nuː/
- "duke" → britannique /djuːk/, américain /duːk/
- "student", "Tuesday", "duty", "reduce" suivent le même schéma
En britannique rapide, /tj/ et /dj/ fusionnent souvent en /tʃ/ et /dʒ/ : « Tuesday » devient « Choosday ». Les deux accents gardent le /j/ après les autres consonnes : « few », « cute », « music » sont identiques partout.
7. Les terminaisons
- -ary, -ory, -ery : l'américain donne à la voyelle un accent secondaire, le britannique la compresse. « Secretary » → américain /SE-krə-te-ri/ (quatre syllabes), britannique /SE-krə-tri/ (trois). Idem pour dictionary, ordinary, category, laboratory.
- -ile : américain souvent /əl/, britannique /aɪl/. « Mobile » → américain /MO-bəl/, britannique /MO-baïl/ ; aussi fertile, hostile, missile, fragile.
- -isation / -ization : le britannique garde /aɪ/ dans « organisation » /ɔː-gə-naɪ-ZAY-shən/ ; l'américain le réduit à /ɪ/ /ɔːr-gə-nɪ-ZAY-shən/.
8. Différences d'accentuation
Quelques mots portent leur accent à des endroits différents :
- "advertisement" → américain /AD-vər-taiz-mənt/, britannique /əd-VER-tis-mənt/
- "laboratory" → américain /LA-brə-tor-i/, britannique /lə-BO-rə-tri/
- "garage" → américain /gə-RAZH/, britannique /GA-rij/ ou /GA-razh/
- "ballet", "café", "debris" → américain sur la dernière syllabe (à la française), britannique sur la première
- "controversy" → les deux acceptent /KON-trə-ver-si/ ; le britannique aussi /kən-TRO-vər-si/
9. Des mots qui diffèrent, tout simplement
Certains mots ont une tradition propre de chaque côté, sans lien avec une règle :
- "schedule" → américain /SKE-djoul/, britannique /SHE-dyoul/
- "either / neither" → américain généralement /EE-thər/, britannique généralement /AI-thə/
- "tomato" → américain /tə-MAY-to/, britannique /tə-MAH-to/
- "vitamin" → américain /VAI-tə-min/, britannique /VI-tə-min/
- "privacy" → américain /PRAI-və-si/, britannique /PRI-və-si/
- "leisure" → américain /LEE-zhər/, britannique /LE-zhə/
- "herb" → américain H muet /ɜːrb/, britannique /hɜːb/
- "lieutenant" → américain /loo-TE-nənt/, britannique /lef-TE-nənt/
10. Lequel devriez-vous apprendre ?
Il n'y a pas de mauvaise réponse. Prenez en compte :
- L'endroit où vous vivez ou comptez travailler ou étudier
- L'accent de vos professeurs et des médias que vous consommez le plus — vous absorberez celui que vous entendez le plus
- Le contexte d'examen (le TOEFL penche vers l'américain, l'IELTS vers le britannique — mais les deux acceptent l'un comme l'autre, et les examinateurs jugent la clarté, pas la nationalité)
- Celui que vous aimez simplement écouter ; la motivation compte
Ce qui compte bien plus que le choix, c'est la cohérence. Un accent est un système : le R prononcé va avec des voyelles courtes devant R et un T tapé ; le R muet va avec des voyelles longues et un T net. Mélangez les systèmes et le résultat sonne bizarre d'une façon que l'auditeur ne sait pas nommer. Choisissez-en un, calquez-le sur de vrais locuteurs, et tenez-vous-y. Et surtout, visez la clarté plutôt que l'« authenticité » : un accent non natif cohérent et intelligible est une destination parfaitement honorable.