Le vocabulaire des eaux dormantes, de la flaque à la mer

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Le vocabulaire des eaux dormantes, de la flaque à la mer

Si le vocabulaire des eaux courantes montre avec quelle attention les anglophones ont regardé les rivières se mouvoir, celui des eaux dormantes montre autre chose : une sensibilité à la taille, à la profondeur, à l'origine et à l'atmosphère. Un pond et un lake ne sont pas la même chose à deux échelles. Un tarn n'est pas simplement un lac de montagne. Et un mere, dans le bon paysage, porte une charge de mystère qu'aucun autre mot n'égale tout à fait.

Plusieurs de ces mots mènent en outre une double vie qui piège les apprenants. Un mere est un lac et aussi l'adjectif signifiant « simple, pur et simple ». Un pool est une eau stagnante, une piscine, et un dispositif de mise en commun de voitures ou de paris. Un sound est un bras de mer et un son. Un bay est une courbe de côte, une fenêtre en saillie, une feuille de laurier et l'aboiement d'un chien courant.

Voici le spectre complet, de la flaque sur le trottoir à l'océan ouvert, avec les sols qui retiennent l'eau, les mots pour la décrire et les expressions qu'elle a données à l'anglais.

Les plus petites : l'eau de passage

Puddle

La plus familière de toutes : une accumulation faible et peu profonde sur le sol, presque toujours temporaire, laissée par la pluie ou un renversement. L'un des premiers mots qu'apprennent les enfants, et irréductiblement ordinaire.

À l'écrit, les flaques signalent le temps gris, le décor urbain, le banal — l'inverse du ruisseau romantique ou du lac sublime.

"After the rain, the pavement was covered in puddles."

Pool

Un mot d'une souplesse remarquable. Comme eau naturelle, c'est une petite étendue immobile, plus profonde et plus durable qu'une flaque — la fosse d'un lit de rivière où le courant ralentit, la cuvette laissée par la marée dans les rochers.

C'est aussi un verbe : le sang pools, l'eau pools sur un toit plat.

Et il mène deux vies sans rapport. Une swimming pool, abrégée en the pool, et un pool de ressources mises en commun — covoiturage, réserve de candidats, paris sportifs. Le contexte les sépare toujours, mais l'amplitude mérite d'être connue.

"A clear pool had formed among the rocks."

Waterhole et watering hole

Un waterhole est une dépression naturelle retenant l'eau, où viennent boire les animaux ; le mot appartient aux paysages arides — savane africaine, outback australien.

Watering hole désignait la même chose et est devenu, par une plaisanterie parfaitement prévisible, le mot familier pour le bar ou le pub de prédilection. C'est aujourd'hui le sens figuré qui domine.

Étangs et cousins

Pond

Une petite étendue d'eau douce immobile, naturelle ou creusée, et généralement assez peu profonde pour que les plantes la traversent. L'étang de jardin, la mare du village, la retenue de ferme.

Deux choses à savoir. Le mot désigne souvent un aménagement, là où un lake l'est rarement. Et en anglais britannique, the Pond avec majuscule désigne l'océan Atlantique — litote délibérée, d'usage constant dans la presse : across the Pond.

"Ducks gathered at the edge of the pond."

Mere

Ancien mot anglais pour un lac, survivant surtout dans les toponymes et l'usage littéraire — Windermere, Grasmere, Ellesmere. Il suggère une étendue large et peu profonde, et porte une atmosphère que les mots plus plats n'ont pas : l'immobilité, l'ancienneté, un soupçon d'inquiétant.

Le faux-ami mérite d'être signalé. Mere comme adjectif signifie « simple, seulement » : 'a mere formality', 'mere coincidence'. Les deux mots n'ont aucun lien, et l'adjectif est cent fois plus fréquent.

Tarn

Un petit lac de montagne, typiquement logé dans une cuvette creusée par un glacier. Le mot vient du vieux norrois tjörn et appartient au nord de l'Angleterre, surtout au Lake District — encore une trace du peuplement scandinave, exactement là où l'anglais a pris beck et gill.

Un tarn n'est pas simplement un lac situé en altitude. Le mot porte sa géologie : parois abruptes, eau froide, roche.

Loch, lough et llyn

Loch est le mot gaélique écossais, et c'est le terme standard en Écosse, non une coloration régionale — Loch Ness, Loch Lomond. Notez qu'un sea loch est un bras de mer et non un lac d'eau douce : le mot couvre les deux. Un lochan en est un petit.

Lough est l'équivalent irlandais, prononcé de la même façon, et il couvre lui aussi le doux et le salé : Lough Neagh, Lough Foyle.

Llyn est le mot gallois, présent dans toute la toponymie du pays de Galles.

Ces trois-là ne sont pas des mots dialectaux pour « lac ». Ce sont les mots ordinaires de leurs langues, conservés en anglais parce que les lieux gardent leurs noms.

Les grandes étendues d'eau douce

Lake

Le terme général : une vaste étendue d'eau immobile entourée de terre. La frontière avec pond est conventionnelle et non mesurable — la profondeur, la permanence et le fait que la végétation traverse ou non toute la surface comptent davantage que la superficie, et l'usage local l'emporte sur tout.

"The lake was perfectly calm at dawn."

Reservoir

Un lac créé délibérément, généralement par barrage d'une vallée, pour stocker l'eau ou produire de l'électricité. Le mot compte parce qu'il change ce que décrit un texte : un réservoir a un propriétaire, une finalité et une date.

Il voyage aisément au figuré — un réservoir de bonne volonté, de talents, de patience.

Lacs en fer à cheval et lacs de cratère

Deux types nommés qui reviennent sans cesse dans les textes de géographie.

Un oxbow lake est un lac en croissant formé quand un méandre est coupé de sa rivière — la forme d'un joug de bœuf, d'où le nom. C'est l'une des illustrations classiques des processus fluviaux dans les supports d'examen.

Un crater lake occupe un cratère volcanique. Un glacial lake occupe une cuvette creusée par la glace, ce que sont la plupart des lacs d'Europe du Nord et d'Amérique du Nord.

Les sols qui retiennent l'eau

L'anglais distingue soigneusement ces quatre-là, et les confondre est une vraie erreur, non une maladresse de style.

Marsh

Terrain bas et humide dominé par les graminées et les roseaux, sans arbres, souvent proche du littoral ou d'une embouchure. Un salt marsh est inondé par les marées.

Swamp

Terrain humide avec des arbres. C'est là toute la distinction : le marsh a des roseaux, le swamp a des arbres. Les swamps sont associés avant tout au Sud américain — les cyprières de Louisiane et de Floride.

Le verbe to be swamped, être submergé, généralement de travail, est bien plus fréquent en anglais courant que le nom.

Bog

Sol gorgé d'eau avec une accumulation profonde de tourbe, acide et de décomposition lente — raison pour laquelle les tourbières conservent ce qui y tombe, parfois des corps vieux de plusieurs millénaires. Les bogs sont caractéristiques de l'Irlande, de l'Écosse et du nord de l'Angleterre.

To be bogged down, c'est s'enliser, ne plus avancer : encore une métaphore qui a quitté le paysage pour de bon. Et en anglais britannique familier, bog désigne aussi les toilettes, ce qu'il vaut mieux savoir avant d'employer le mot à la légère.

Fen, mire et quagmire

Un fen ressemble à une tourbière mais est alimenté par la nappe plutôt que par la pluie, donc alcalin plutôt qu'acide. Les Fens de l'est de l'Angleterre, drainés au fil des siècles, en sont l'exemple le plus connu.

Un mire est tout terrain profondément boueux, et le verbe to be mired in quelque chose — dettes, polémique, détails — s'emploie aujourd'hui bien plus que le nom.

Un quagmire est un sol si mou qu'il ne porte plus. Au figuré, il nomme une situation qui empire à mesure qu'on s'y débat, et c'est le mot standard du journalisme politique pour exactement cela.

Là où le doux rencontre le salé

Lagoon

Une étendue peu profonde séparée de la mer par un cordon de sable, un récif ou une île-barrière. Les lagunes peuvent être salées, douces ou brackish — le mot pour une eau saumâtre, et l'un des adjectifs les plus utiles de tout ce domaine.

Notez le second emploi technique : une sewage lagoon est un bassin de traitement, et le mot apparaît dans les textes environnementaux sans la moindre connotation tropicale.

Bay, gulf, cove et inlet

Une bay est une large courbe de côte où la mer entre dans les terres. Un gulf est une grande baie, souvent presque fermée — le golfe du Mexique, le golfe Persique. Une cove est petite, abritée et généralement arrondie. Un inlet est une ouverture étroite qui pénètre plus loin qu'elle n'est large.

Gulf a la vie figurée la plus riche des quatre : a gulf between them désigne un écart large et infranchissable.

Fjord, firth et sound

Un fjord est une échancrure longue, profonde et étroite aux parois abruptes, creusée par un glacier puis envahie par la mer. Norvégien d'origine et d'association.

Un firth en est l'équivalent écossais, issu de la même racine norroise — le Firth of Forth, le Moray Firth.

Un sound est un large chenal marin, souvent entre une île et le continent ou reliant deux étendues plus vastes. Rien à voir avec le son : les deux mots sont entrés en anglais par des voies entièrement distinctes.

Un strait, généralement au pluriel dans les noms, est un passage étroit reliant deux mers : le détroit de Gibraltar, les détroits de Malacca.

L'eau salée

Sea

Une vaste étendue d'eau salée, généralement plus petite qu'un océan et souvent partiellement enclose : la Méditerranée, la Baltique, les Caraïbes.

L'usage diffère d'une rive à l'autre de l'Atlantique et cela vaut la peine d'être noté. Les Britanniques vont to the seaside et nagent in the sea ; les Américains vont to the beach et nagent in the ocean. Chacun comprend l'autre, mais le réflexe diffère.

The high seas désigne les eaux internationales ; at sea signifie à bord d'un navire, et au figuré complètement perdu.

Ocean

Les plus vastes étendues, et par convention il y en a cinq : Pacifique, Atlantique, Indien, Austral et Arctique.

En anglais américain, the ocean s'emploie souvent là où un Britannique dirait simplement the sea, quel que soit l'océan concerné.

Décrire une eau dormante

Les adjectifs

La surface : still, calm, glassy, mirror-like, ou à l'autre bout choppy, ruffled, rough.

La limpidité : clear, limpid et crystalline contre murky, cloudy, muddy, turbid — ce dernier étant le terme technique des textes sur la qualité de l'eau.

L'état : fresh, salt, brackish ; shallow ou deep ; et stagnant, qui signifie immobile depuis assez longtemps pour s'être gâtée, et qui n'est jamais neutre.

Les verbes

L'eau collects, gathers, pools, stands, settles et stagnates. Au bord elle laps ; dans la lumière elle glistens, shimmers et reflects. Quand le contenant est plein à ras bord, il brims ; en hiver un lac freezes over ; en été une mare dries up ou evaporates.

Deux passifs utiles : un champ peut être waterlogged, et une vallée flooded ou submerged.

Les expressions

L'eau dormante a donné à l'anglais un jeu de métaphores exceptionnellement productif, et elles apparaissent très loin de tout lac.

Sur les gens et les situations : still waters run deep — les personnes silencieuses cachent parfois une grande profondeur ; out of one's depth — au-delà de ses compétences ; in deep water — dans de sérieux ennuis ; to test the waters — tâter le terrain ; to muddy the waters — embrouiller une affaire.

Sur l'échelle : a drop in the ocean ; a sea of faces ; oceans of time.

Sur l'enlisement et le débordement : bogged down, mired in, swamped, a quagmire — tous issus du vocabulaire des sols humides ci-dessus.

Et deux sur le fait de passer à autre chose : water under the bridge, une vieille querelle qui ne vaut plus la peine d'être ressortie, et to be a fish out of water, être totalement hors de son élément.

Ce que ce vocabulaire nous apprend

Trois choses, comme pour son pendant sur les eaux courantes.

Ces mots sont géologiques avant d'être descriptifs. Un tarn suppose un glacier, un bog suppose de la tourbe, un oxbow suppose une rivière qui s'est déplacée. Les apprendre enseigne à lire un paysage autant qu'un texte — d'où leur présence si régulière dans les passages de géographie et de sciences de la Terre.

Ils forment aussi une carte linguistique du peuplement. Tarn du norrois, loch du gaélique, lough de l'irlandais, llyn du gallois, mere du vieil anglais : cinq langues, un seul pays, encore visibles sur les panneaux.

Et, le plus utile : les emplois figurés l'emportent en nombre sur les emplois littéraux. La plupart des anglophones diront bogged down, swamped, out of their depth et water under the bridge cent fois pour chaque occasion où ils mentionneront une vraie tourbière. Apprenez le mot de paysage et vous avez acquis au passage l'expression qui en est sortie.